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Refus du transfert de Pierre Alessandri et Alain Ferrandi en Corse

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Pierre Alessandri et Alain Ferrandi sont incarcérés sur le continent à la prison de Poissy (78) depuis leur condamnation. Ils sont mis en cause dans l’assassinat du préfet Erignac en 1998. Malgré les nombreuses demandes de leurs avocats et de politiques corses, leur rapprochement est refusé. Leur statut de DPS (détenu particulièrement surveillé) n’a jamais été levé depuis leur inscription dans ce registre. Ces détenus doivent être incarcérés dans des centres pénitentiaires suffisamment sécurisés, conformément au danger qu’ils représentent selon l’article D. 276-1 du code de procédure pénale. Ils pourront prétendre à leur rapprochement printemps ou à l’été 2022.

Aucune commission n’a statué sur leur demande

Comme tous les ans depuis 22 ans, une commission devait statuer sur le maintien ou non de leur statut de DPS. Mais le 31 décembre, Eric Barbolosi, l’avocat de Pierre Alessandri, indiquait au journal Marianne, qu’aucune commission ou autre forme n’avait : arrêté une décision. Il ajoute « Au regard d’une circulaire de 2012 cela doit pourtant être fait une fois par an par une commission locale puis par une autorité ministérielle ». Un recours devant le tribunal administratif semble peu pertinent. La procédure pourrait prendre des mois voire des années.

Par conséquent, pas de rapprochement de ces 2 détenus au centre pénitentiaire de Borgo en Haute Corse et pas de rapprochement près de leurs proches.

La question des prisonniers corses est épineuse pour les dirigeants Français. Pour rappel, en 2016, la commission DPS s’était dite favorable à la levée de ce statut pour les 2 prisonniers. Mais le ministre de la justice de l’époque, successeur de Christiane Taubira et proche de Manuel Valls,Jean-Jacques Urvoas, avait refusé au motif du « risque d’évasion et de trouble à l’ordre public encore important« .

En 2017, Emmanuel Macron avait donné espoir aux familles des prisonniers. Pendant la campagne présidentielle de 2017, il avait accepté de les rencontrer. Mais malgré les nombreuses actions entreprises par les députés corses élus en 2017 auprès du gouvernement, rien n’a bougé.

Depuis, les signes d’espoir ont continué à briller. La large victoire des nationalistes lors des 2 dernières élections à l’assemblée de Corse, le consensus politique entre divers groupes aux tendances politiques différentes donnaient une crédibilité supplémentaire aux demandes formulées. Le 22 octobre, l’Assemblée de Corse adoptait à l’unanimité une résolution solennelle relative au rapprochement immédiat des deux prisonniers. 

Le 17 décembre dernier, 14 parlementaires et cinq présidents de groupe de l’Assemblé nationale ont signé une tribune dans le journal Le Monde pour demander le rapprochement des 2 hommes.

Sont ils les victimes de l’appareil d’Etat Français?

En février 2021, lors de l’annonce du refus par Jean Castex de la levée du statut de DPS, les réactions politiques avaient été fortes. De jeunes militants nationalistes avaient manifesté devant la préfecture a Ajaccio et avaient subi la violence de la police. Jean Guy Talamoni, alors président de l’assemblée de Corse et membre de Corsica Libera, avait demandé le départ du préfet et était allé jusqu’à parler de « désobéissance civique ». Eric Dupont Moretti, garde des Sceaux avait même demandé des conditions de détention assouplies il y a quelques mois. Mais un décret avait freiné ses intentions. Seul le 1er ministre peut désormais. Ce décret avait été pris compte tenu des liens passés entre le ministre de justice, ancien avocat de Yvan Colonna. Nouvelle provocation pour les élus et militants nationalistes.

Cette non décision de l’Etat Français sonne comme un échappatoire à quelques mois de la présidentielle. La question corse est observée de près sur l’Ile de Beauté. Elle ne manquera certainement pas de créer de nouveau l’émoi. Mais elle sonne aussi comme la continuité dans l’acharnement judiciaire subi par ces prisonniers.

A noter que les 2 prisonniers mais également Yvan Colonna, également condamné dans le procès Erignac et concerné par le refus de rapprochement en Corse, peuvent demander une libération conditionnelle.

La ligue des droits de l’Homme et la Cour Européenne des Droits de l’Homme mettent régulièrement en cause la France pour non respect des règles de détention. Elle semble plus souple avec les terroristes islamistes. Environ 250 détenus de ce type seront libérés en 2022.

Crédit photo: wikimédia

Le miroir du Nord, 2021. Dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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