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Sécheresse: quel avenir pour le Canal Seine Nord Europe?

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Après un risque de coupures d’électricité en fin d’année 2022, voilà que commence la douce musique des coupures d’eau. Les habitants du Nord et du Pas De Calais encore plus touché, ont déjà connu des contraintes. Mais cette année risque d’être encore plus délicate à gérer. La sécheresse subie cet hiver n’a jamais aussi importante depuis 1959. Les préfectures sont déjà à la manoeuvre pour préparer le terrain et imposer des restrictions d’eau. Anticiper cette problématique est une obligation mais que faire du Canal Seine Nord Europe (CSNE) fonctionnant par des canaux alimentés…en eau? Une interrogation qui semble secondaire par rapport à l’enthousiasme des pouvoirs publics qui voient enfin ce projet se concrétiser pour 2030.

Au prémisse des premières inquiétudes restées sans réponse

Les premières voix qui se font entendre face au problème majeur qui touchera le Canal Seine Nord; datent de l’automne 2022. Le sénateur socialiste de la Somme Rémi Cardon a posé une question écrite à ce sujet que nous vous copions ci-dessous.

capture écran site du Sénat

Il pose le cadre géographique et rappelle les aménagements nécessaire pour faire circuler les marchandises sur les différents cours d’eau. Et alerte quant au risque de sécheresse qui menace de s’intensifier. Il a vu juste et désormais, presque tout l’hexagone est concerné par la sécheresse hivernale. Certains territoires ont vécu presque 32 jours sans pluie.

Comme vous pouvez le constater, aucune réponse n’a été apportée par le ministère de la transition écologique.

Une alerte majeure du CESER Hauts de France

Le conseil économique, social et environnemental régional (CESER), rassemblant divers représentants de la vie publique a émis un rapport critique sur la question en novembre dernier. Leur analyse portait sur l’état de l’eau dans la région, sujet sur lequel ils ont travaillé pendant deux ans. Le constat est alarmant l’avenir du “projet du siècle” initié par Daniel Percheron et qui traverse à la fois le Nord et le Pas De Calais nécessite des millions d’investissement.

Selon les expertises du CESER, si le contexte de l’année 1976 venait à se reproduire, il y aurait nécessité de procéder à des retenues d’eau. Or, dans leur rapport, ils préconisent de prendre en référence les données de l’année 1976 pour le futur. Il est vrai que depuis 2017, les périodes de sécheresse s’intensifient. Et c’est compter désormais sur la sécheresse hivernale. “Le Canal Seine-Nord Europe au
regard de son investissement, de son inscription dans un temps long de fonctionnement (plusieurs siècles), de son intérêt pour une mobilité douce moins carbonée devrait mieux appréhender les difficultés d’alimentation pour un fonctionnement performant durant les périodes sèches et chaudes à venir. Une retenue d’eau complémentaire d’alimentation est envisagée mais ne sera construite que si nécessaire ; il apparaitrait utile de la réaliser dès maintenant afin d’assurer réellement la navigabilité du canal dans la durée et en toutes saisons.”

Le CESER rappelle par là que le CSNE est une initiative qui date de plusieurs décennies. Ses études n’ont donc pas pris en compte les difficultés possibles liées au manque d’eau. Il faut désormais rattraper le retard car économiquement les conséquences seront dramatiques comme l’économie allemande a pu le constater.

Des précédents en Allemagne

Depuis plusieurs années, le Rhin est source de complications pour le passage des marchandises. Son asséchement provoque un arrêt de l’activité pendant plusieurs mois dans l’année. Une plaie béante pour l’économie nationale. Or, entre Rotterdam et la Suisse circulent normalement près de 300 millions de tonnes de marchandises. Mais les périodes de forte sécheresse du printemps ont provoqué de véritables dysfonctionnements au point que le niveau de croissance était au niveau très bas de 1% en août dernier.

Car en cas de niveau bas de l’eau, les péniches ne peuvent remplir complètement leur capacité réduite parfois à 25%. Comme l’indiquait le journal Les Echos en juillet dernier, au niveau du célèbre rocher de Lorelei, endroit le plus étroit du Rhin, ” les bateaux prévus pour transporter 4.000 tonnes ne peuvent en charger que 1.000″.

Des adaptations ont donc été étudiées et commencent à être mises en place. Les experts ont imaginé de nouvelles barges, des nouveaux systèmes de refroidissement et l’étude de plus grandes capacités de stockage. Mais cela est tardif et les conséquences sur l’économie se font ressentir tout comme sur la circulation des biens et des personnes. L’Allemagne a en parallèle pris conscience d’investissements insuffisants sur le ferroviaire. Conclusion: entre des cours d’eau sans asséchés et des travaux sur les voies de train, se déplacer est devenu compliqué.

Absence d’anticipation régionale?

La France, et la région, ont donc devant elle un cas d’école. Mais la France a depuis bien longtemps arrêté d’investir dans ses infrastructures existantes. Cela explique peut être pourquoi le projet du CSNE est désormais régionalisé? Quant aux dirigeants politiques régionaux, ils préfèrent communiquer uniquement sur les futurs emplois créés sans prendre la mesure que ces possibilités seront diminuer. Rappelons que la fin du chantier est prévu en 2030, que le premier coup de pioche ne date que de septembre dernier. Qu’en sera t’il lors de sa mise en circulation alors que les précautions mises en avant par le CESER ne sont pas prises en compte?

Crédit photo: wikimédia

Le miroir du Nord 2023. dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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