Accueil Économie Nord Pas de Calais : attractivité en berne

Nord Pas de Calais : attractivité en berne

147
0

Depuis plusieurs années, la région Hauts de France est en perte d’attractivité et le territoire du Nord Pas de Calais subit la même tendance. De manière générale, le solde migratoire est négatif, les habitants partent vers des territoires plus attractifs, particulièrement la population active (personnes ayant un emploi et les demandeurs d’emploi en âge de travailler).

Les chiffres de Régions de France montrent que depuis 2016 (6.006.870 habitants), notre territoire a perdu plus de 30.000 habitants le reléguant au 5eme rang après l’Ile de France, l’Auvergne Rhône Alpes, la Nouvelle Aquitaine et même l’Occitanie. L’étude parue le 29 décembre par l’INSEE confirme ce classement.

La capitale des Flandres fait elle exception ? C’est ce que semble indiquer une étude commandée par la Métropole de Lille fin novembre 2021. Lille attire particulièrement les investisseurs étrangers, l’université se classe 3eme au niveau national en nombre d’étudiants. Sont-ce des indicateurs suffisamment  significatifs ? Nombre d’étudiants retournent dans leur région d’origine et ceux de la région sont parfois obligés de travailler à paris ou à l’étranger. Les écoles d’ingénieur lilloises trouvent difficilement leur place. Quant aux investisseurs étrangers, seraient ils attirés par le niveau de rémunération très bas des salariés français ? Depuis 2019, plus de trajet en thalys depuis la gare Lille Europe, en 2017 l’agence du médicament a décidé de poser ses valises à Amsterdam.

Mais 2 enquêtes montrent que la région perd encore de son attrait, que ce soit du côté des territoires mais aussi de l’appréciation portée par ses habitants.

L’étude du journal l’Express

Le 17 novembre, l’express diffusait les résultats d’une enquête intitulée « ces villes qui redessinent la France » prenant en compte les 50 intercommunalités les plus peuplées de la métropole (hors départements possédant au moins 1 ville dans la métropole du Grand Paris).

Copies écran l’express du 17 novembre

Seule la ville de Lens se distingue en se trouvant dans ce classement par ses initiatives en matière numérique…pour le reste, c’est le désert.

L’étude du baromètre des Territoires

Dans le même temps, une autre étude  : « le baromètre des Territoires publié par Elabe et l’Institut Montaigne avec la SNCF » était publiée. En partenariat avec France Info et de nombreux titres de presse quotidienne régionale, ils ont diffusé les résultats de « La France convalescente, la France du proche », 2ème édition du Baromètre des Territoires. Une centaine de questions ont été posées à plus de 10000 personnes. Elles mettent en exergue 4 types de populations aux objectifs différents.

« Les « Affranchis » sont maîtres de leur destin et peuvent franchir les obstacles et difficultés de la vie sans peine. Ils disposent d’un capital économique et culturel élevé, ils évoluent avec aisance dans le monde actuel, s’adaptent facilement aux changements. Ils se sentent bien là où ils habitent. Cependant, leur ancrage territorial est faible : leur territoire de vie, c’est avant tout celui qui leur permettra de saisir les opportunités et d’être « là où il faut ». Ils représentent 20% de la population française.

« Les « Enracinés » mènent une vie qui leur convient, leur situation personnelle leur permet d’aborder l’avenir avec une relative sérénité. Pour eux, le lieu de vie tient une place majeure dans leur bien-être. Leur quartier, leur commune, c’est leur cocon. Ils y vivent depuis longtemps ou ont enfin réussi à s’y installer. Leur bonheur ne passe pas par des rêves d’ailleurs mais bien par le « bon vivre » de leur territoire de vie. Ils représentent 31% de la population française. »

« Les « Assignés » sont asphyxiés au quotidien et englués dans les difficultés, notamment financières. Elles sont des embûches continuelles qui entravent la maîtrise de son destin et empêchent de « sortir la tête de l’eau ». Leur territoire de vie est le lieu de l’accumulation des difficultés : manque de dynamisme économique, lien social détérioré, sentiment d’insécurité, cadre de vie dégradé …S’ils en rêvent, pour autant, leur capital socio-économique ne leur permet pas de se déplacer vers des horizons meilleurs. Ils sont « Assignés à résidence ». Ils représentent 24% de la population française. »

Les « Sur le fil » ont une vie parsemée d’embûches et peinent à s’affranchir de leur situation socioéconomique et des inégalités territoriales. Pour autant, leur situation n’est pas figée (groupe le plus jeune, 63% ont moins de 50 ans). Leurs difficultés ne sont pas du même niveau que celles des « Assignés ». Ils représentent 25% de la population française. »

Qu’en est il dans les Hauts de France ?

L’étude met en avant 2 évolutions de données ; par rapport à la moyenne nationale et par rapport à la dernière étude du même genre datant de décembre 2018. Note positive, les habitants se sentent plus heureux qu’en 2018, cependant, quelques données illustrent un certain mal être. Alors qu’ils sont 57% à apprécier la région, 44% des habitants quitteraient la région s’ils en avaient la possibilité. Soit la 2eme région de France 38% de moyenne nationale). Cela explique que la part de la catégorie des « enracinés » est à 27% soit 4 points moins que la moyenne nationale. Paradoxalement, 43% souhaitent que leurs enfants continuent de vivre là ils ont grandi. C’est une progression de 4 points par rapport à 2018. C’est la 1ere région de France quant à l’appréciation portée à son histoire et ses habitants.

Economiquement, 48% pensent qu’il est difficile de trouver un emploi. Ce chiffre est à contrebalancer avec celui de 2018 qui était de 61%. Cela reste très important dans une région en proie à un contexte économique compliqué depuis des décennies et un niveau de formation plus bas qu’ailleurs. 22% seulement des sondés estiment qu’ils sont capables de parler et lire la langue anglaise. Par conséquent, le pouvoir d’achat, thème cher à nombre de candidats à l’élection présidentielle, est majeur pour 33% des habitants. Il est de 31% pour la moyenne nationale. 41% sont obligés de limiter leurs achats. 43% sont systématiquement à découvert dans le mois, 31% ont des difficultés pour régler leurs factures énergétiques. Pas étonnant que la catégorie des « assignés » augmente. Cette évolution à la hausse n’existe que pour les Hauts de France : +4% par rapport à 2018 pour être en peloton de tête à 27%.

L’accès aux soins illustre les disparités territoriales. Alors que 49% des habitants estiment que l’obtention de rendez-vous médicaux est facile, 31% sont dans un avis inverse. La santé est d’ailleurs la 1ere préoccupation des habitants, 39% ont décalé des soins médicaux, faute de moyens financiers suffisants.

Le vivre ensemble en retrait

Mais là où la progression est la plus significative concerne le « vivre ensemble » ou plutôt « le non vivre ensemble ». 58% des habitants ne se sentent pas en sécurité dans leur quartier. La région se positionne à la dernière place, la moyenne nationale étant de 51%. Autre chiffre significatif : la méfiance entre les gens explose par rapport aux autres régions : 36% (29% au national) et aux chiffres de 2018 : +7%. Tout comme le ressenti vis-à-vis de la présence des étrangers et le communautarisme religieux, la région connaît les progressions les plus importantes  par rapport à 2018 : 20% perçoivent la présence de communautés religieuses qui forment des groupes très fermés soit 10% de plus en 3 ans et 22% qu’il y a trop d’immigrés là où ils vivent, soit 7% de plus. Ces chiffres, qui sont dans la moyenne nationale, semblent minorés par rapport aux récents sondages sur l’immigration et l’insécurité.  

Des constats peu encourageants

L’optimisme n’est pas de mise pour trouver des solutions. 60% des habitants pensent que les divisions dans la société française sont plus nombreuses que ce qui peut unir les Français entre eux. La solution pourrait venir des hommes politiques pour lesquels les habitants ont plus confiance que dans les autres territoires. Le maire reste toujours l’échelon le plus apprécié.

L’avenir  semble encore moins rose et le contexte économique et politique actuel ne devrait pas aider…

Ces 2 enquêtes sont la confirmation d’un territoire en mal de développement et d’image. Son attractivité ne fait que dégringoler, les jeunes et les travailleurs veulent s’en échapper. Même la chaleur et l’accueil qui caractérisaient les habitants de la région sont en train de disparaître, « le vivre ensemble » de ce début de 21eme siècle ne semble pas remplir sa mission.

Crédit photo: capture écran l’express

Le miroir du Nord, 2021. Dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

Article précédentPass vaccinal: match entre députés de la région
Article suivantA Calais, on respecte la tradition du bain du nouvel an

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici