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L’appel au boycott de la série de France 2 sur l’affaire d’Outreau par Jonathan Delay

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La semaine dernière, nous vous informions de la diffusion d’une série retraçant l’affaire d’Outreau sur France 2. Derrière l’horreur des faits et du procès retentissant, beaucoup de voix s’élèvent contre la partialité de cette initiative du service public. Au point que des responsables d’associations de défense d’enfants violentés sexuellement et même Jonathan Delay, victime de ses parents, appellent au boycott de cette série.

Jonathan Delay lance une pétition contre la série

Nous vous reproduisons ci-dessous la pétition lancée par un des enfants du couple diabolique Badaoui/ Delay.

« AFFAIRE D’OUTREAU : COMMENT UNE ÉNORME MANIPULATION MÉDIATIQUE A MIS NOS ENFANTS EN DANGER

France TV diffusera le 17 janvier une série autour de l’Affaire d’Outreau.
Nous retrouverons à l’écran quatre des adultes acquittés, mais uniquement deux des enfants victimes.
Là encore, en continuité avec le traitement médiatique passé de cette affaire, le récit présente donc les adultes comme étant les premières victimes de cette affaire.

Pourtant, on parle là d’incarcération de un à trois ans, face à des viols à répétition.
Il est impératif de rétablir la vérité dans cette affaire hors-norme.
De ne pas oublier qu’elle a conduit à la remise en cause de l’écoute des enfants par la justice, et qu’elle a largement été instrumentalisée par Sarkozy afin de nuire à la fonction du juge d’instruction.

Pour beaucoup, l’affaire d’Outreau est simple : c’est celle d’une mère qui aurait menti, et fait inventer à ses enfants des actes commis par des personnes pourtant innocentes…
Et de l’enquête, ils se souviennent surtout que le juge d’instruction chargé de l’affaire, âgé d’une trentaine d’années à l’époque, est accusé de l’avoir malmenée.

Pourtant, tout ceci est clairement démenti par le dossier d’instruction ainsi que par le déroulé de l’affaire.
Le juge Burgaud, accusé, par les médias de tous les maux mais surtout d’incompétence « dûe à son jeune âge », n’a jamais été sanctionné.
Et le dossier Outreau renferme toutes les preuves de la culpabilité des accusés.

Pour rappel, les enfants Delay sont les premiers à parler et à avouer être victimes de viol.
Ils sont issus d’une famille nombreuse très pauvre, qui habite un quartier populaire d’Outreau dans le nord de la France.
Après leurs témoignages, des dizaines d’autres viennent s’y ajouter, d’autres enfants qui affirment avoir eux-aussi avoir subi des actes similaires

L’enquête qui suit révèle un vaste réseau de prostitution pédophile, centré autour de la famille Delay.
Les placés en garde à vue s’accusent les uns les autres et ils sont finalement 18 à être incarcérés jusqu’au procès.

Un des accusés incarcérés témoigne même avoir été le témoin d’une scène de meurtre, celui d’une petite fille. Son témoignage est corroboré par d’autres témoins, dont les enfants Delay, mais aucun corps n’ayant été retrouvé, la piste n’est pas suivie par la justice…

Le procès a lieu en 2004 à Saint-Omer.
C’est un fiasco. Dans la petite salle des assises du tribunal, les enfants victimes sont placés dans le box des accusés, et ne sont défendus que par deux avocats commis d’office.
Face à eux il y a 17 accusés, l’un d’eux s’est suicidé en prison,
en compagnie de leurs 17 avocats.
Du fait de leur nombre, les accusés occupent les bancs de la salle d’audience, installés au milieu de la centaine de journalistes qui couvre l’affaire…

Les enfants, face à la Cour, ne peuvent témoigner sereinement car on leur coupe systématiquement la parole. Ils sont assaillis par les nombreux avocats de questions inquisitrices.
Par peur, et face à la hargne d’Éric Dupont Moretti, avocat de l’un des accusés, un des enfants s’urine dessus en pleine audience…

Au cours du procès, la mère des enfants Delay, Myriam Badaoui, déclare avoir tout inventé.
Pour la défense et les médias, c’est la preuve que les enfants ont été manipulés et affabulés. Pourtant dès le lendemain elle se rétracte et revient à son témoignage initial. Trop tard, elle a perdu sa crédibilité aux yeux de l’opinion publique, et les journalistes ont trouvé leur parti et l’histoire à imposer dans les médias.

Quand arrive le verdict, sur les 17 accusés 10 sont condamnés et 7 sont acquittés.
En parallèle, 12 des enfants sont reconnus victimes de viol et de proxénétisme.

Un an plus tard, le procès en appel a lieu à Paris.

« Les avocats de la défense adoptent la même stratégie : ils ne permettent pas au procès de s’intéresser au contenu du dossier »


Pour cela, on coupe la parole sans cesse aux enfants, on les traite de menteurs, à tel point que l’on en oublierait presque qu’ils sont les victimes de cette affaire.

Face aux déstabilisations, l’une des victimes, se ferme complètement. Pour pousser l’indécence un peu plus loin, l’avocat général se permet alors de demander « s’il a été violé par des extraterrestres », ce qui provoque les rires de la salle.

Les experts font également l’objet d’un véritable harcèlement et ne peuvent déposer sereinement.

Comble du procès, et fait inédit, le procureur général de Paris, Yves Bot, présente ses excuses aux accusés devant les médias, avant même le rendu du verdict !
Il avait au préalable tenté d’exiger que les délibérations soient suffisamment rapides pour que le ministre de la Justice puisse présenter le verdict au journal de 13h.

Résultat, tout le monde est acquitté, à l’exception des quatre accusés qui n’avaient pas fait appel.
Fait intéressant et notable, cinq des enfants reconnus victimes sont issus de deux familles des acquittés.

Après l’épreuve de la détention, c’est la belle vie qui attend les acquittés : une heure et demim d’excuses et d’entretien avec le Premier ministre De Villepin, un communiqué du Président Chirac, des réparations allant de 300 000 à un millions d’euros par personne, et un très bon réseau professionnel : parmi les accusés une devient journaliste judiciaire, un autre publie un livre porté à l’écran (Présumé Coupable) …

De l’autre côté, chacun des enfants reconnus victimes de viols à répétition se voit octroyer en moyenne 30 000 euros de réparations.

Parmi les treize acquittés, trois sont dénoncés par leurs propres enfants, qui les accusent d’abus sexuels (époux Lavier et Marécaux, voisins des Delay).

Depuis cette affaire, les professionnels affirment que les droits de l’enfant en France ont régressé de 20 ans.

L’intervention du psychiatre Paul Bensussan, appelé à Outreau par la défense des accusés, a réussi à imposer dans les médias la thèse ultra controversée du « syndrome d’aliénation parentale », pourtant jamais validé scientifiquement.

Sans même avoir examiné les enfants victimes, il avait dénoncé lors du procès les expertises réalisées et poussé la thèse qui affirme que les enfants inventeraient sous la manipulation d’un parent désirant nuire à l’autre parent.

L’enfant est désormais toujours suspecté d’être manipulé ou menteur… Pour celle et ceux qui souhaitent en savoir plus, un documentaire retrace l’affaire et donne la parole aux enfants victimes, aux experts et aux acteurs de cette affaire qui a été sabotée par la défense des accusés :

Plusieurs des enfants victimes (Delay) ont également écrit des livres retraçant leurs histoires respectives. 

Jonathan delay victime de l’affaire d’Outreau » 

Des voix s’élèvent contre le traitement de cette affaire à travers la série

Plusieurs personnes proches du milieu de la protection de l’enfance ont exprimé des doutes voire des reproches quant à la manière dont la réalisation de la série aborde la parole des enfants. 92% de la série est consacrée aux accusés…un espace très mince est donc laissé aux enfants victimes.

Andréa Bescond, militante contre les violences masculines faites aux femmes et aux enfants également auteur, voit une manière de décrédibiliser davantage la parole des enfants. Elle s’est exprimée en ce sens avant la diffusion des premiers épisodes sur le plateau de TV5 monde. Et rappelle une information significative. Depuis 2005, la diminution des personnes accusées de pédophilie par un enfant et condamnées est de 40%.

Cela a forcément interpellé Franck Berton, avocat lillois ayant défendu plusieurs accusés.

La journaliste Françoise Laborde, passée un temps sur le service public journalistique a aussi émis des objections. Ce qui lui a valu d’être accusée de « révisionniste judiciaire » par Lionel Gougelot, correspondant Hauts de France pour Europe 1. Rien que cela.

Karl Zéro, qui depuis des années, a à plusieurs reprises donné une autre version à cette affaire. Notamment en mettant en avant le meurtre d’une petite fille auquel auraient assisté plusieurs enfants. Cette controverse a été enterrée et vite mise de côté par le système judiciaire. La peur d’aborder un réseau pédophile de grande ampleur a fortement joué.

La protection de l’enfance, en France, n’est pas prise au sérieux. Les moyens sont dérisoires. Autant la protection des femmes victimes de violence conjugale est prise en charge par toutes les strates des collectivités, le milieu associatif largement subventionné, les enfants passent au second plan. Cela pourrait même sembler étrange et donner une image suspicieuse du système judiciaire et policier.

Crédit photo: capture écran France 2

Le miroir du Nord, 2023. Dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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