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Que les défenseurs de la corrida défendent aussi les langues régionales

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La semaine dernière, l’Assemblée nationale fut bousculée par plusieurs propositions de loi examinées. Parmi elles, la corrida qui a déchaîné les foudres. Un sujet qui ne peut laisser insensible. Rares sont ceux qui parviennent à la modération quand est abordée la question du bien-être animal.

Mais à côté de la défense des animaux, était mis en avant le nécessaire respect culturel régional. Pour cela, certains députés et défenseurs de ce qui est considéré comme un art ont redoublé d’arguments et de punchlines.

Défendre une liberté culturelle

On ne connaîtra pas les députés qui ont voté pour ou contre la proposition de loi d’Aymeric Caron visant à interdire la corrida, ce dernier a en effet retiré la proposition. En revanche, par le dépôt d’amendements notamment de retrait, qui ne furent pas débattus, on sait qui y était défavorable.

Le groupe de la majorité présidentielle a clairement donné sa position par la voix de sa présidente à l’assemblée, Aurore Bergé. Pas d’interdiction sans être favorable à cette discipline typique d’une partie du Sud de la France. Une façon de ne pas prendre position et de ne pas fâcher une partie de l’électorat plus conservateur.

Autre son de cloche au sein des groupes LR et RN. Même si la défense de la corrida ne fut pas unanime dans ces groupes, ce sont surtout les députés favorables à la tauromachie qui se sont distingués. Ils ont avancé les considérations autour de l’impact économique en cas de suppression. Mais ils ont aussi joué sur les cordes sensibles des publics souvent de droite: respect des traditions culturelles et de la liberté des territoires.

Nous assistions alors à un florilège de déclarations qui auraient fait hérisser le poil de tout jacobin même modéré:

  • « France plurielle et respectueuse de son histoire et de ses traditions »,
  •  » tradition taurine locale ininterrompue »
  • « l’apport des territoires »
  • « diversité territoriale »
  • et même « liberté culturelle »

Une défense des territoires à géométrie variable

Ces propos n’ont pas été entendus par les députés de droite lors de la censure partielle par le conseil constitutionnel de la loi Molac. Cette loi du 21 mai 2021 relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion voulait apporter des mesures de protection et de promotion des langues régionales dans trois domaines : le patrimoine, l’enseignement et les services publics.

Mais par un tour de passe-passe de la majorité présidentielle qui saisit la chambre des sages, furent censurés l’« enseignement immersif » des langues régionales ainsi que l’utilisation de signes diacritiques comme le tilde (~) dans les actes de l’état civil. Certains députés La République en Marche à l’époque avaient contesté la méthode. Mais cela ne fit pas plus de bruit que cela.

Dans ce contexte, on n’entendit pas de hurlement pour la défense de la liberté culturelle de parler la langue de son territoire. Idem pour son enseignement aux plus jeunes. Quant aux demandes visant plus de moyens pour le développement de l’apprentissage des langues ou de l’histoire régionale, elles se dirent attendre. La défense régionale culturelle est donc vue à travers un trou de serrure.

Une vision limitée de la culture régionale

Ce qui pourrait faire dire que les défenseurs de la corrida n’en ont que faire des spécificités locales et régionales. Leur combat n’est donc vu que comme du folklore local traditionnel. D’ailleurs Emmanuel Taché de La Pagerie, député RN, n’est-il pas un parachuté dans ces terres de Camargue? Le RN a à maintes reprises exprimé des positions ultra jacobines. Marine Le Pen ou Gilles Pennelle, élu breton ont déjà déclaré qu’elles sont une menace pour l’unité de la France.

Quant aux élus RN de la région approuvant la proposition d’Emmanuel Taché de La Pagerie, Sébastien Chenu et Emmanuel Blairy, on ne les a jamais entendus défendre l’apprentissage du néerlandais.

Crédit photo: DR

Le miroir du Nord, 2022. Dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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