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1914-1918 : Pays-Bas français, la première mort mondiale (4/5)

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Découvrez le quatrième de notre série de cinq articles sur les personnages célèbres morts au combat ou dans l’exercice de leurs fonctions en Flandre-Artois-Hainaut pendant la Première Guerre mondiale. Série à paraître chaque vendredi jusqu’au 11 novembre. Reconnectez-vous au premier troisième article en suivant ce lien.

1916, la guerre est définitivement enlisée sur le front des Pays-Bas français, à tel point que l’on peut se demander ce qui pourra bien y mettre un terme. En Artois et Hainaut, le front n’est plus tenu que par les troupes britanniques qui se désespèrent de voir débarquer les renforts promis en provenance de tout le Commonwealth. Face aux tranchées des soldats de Sa Majesté, les contingents allemands continuent de farouchement tenir leurs positions.

Il était donc le commandant de Manfred von Richthofen, dit le « Baron rouge ». Le 28 octobre 1916, Oswald Boelcke s’écrase au sol avec son appareil et est tué sur le coup à l’âge de 25 ans. Et il trouve la mort dans les circonstances les plus incroyables ! Ce samedi, l’Hauptmann Boelcke appareille pour la cinquième fois de la journée et est accompagné de cinq autres avions de l’Empire. L’escadrille a pour mission d’abattre deux appareils britanniques qui rodent dans les environs. Boelcke apparaît alors comme la terreur de la chasse allemande. Les troupes britanniques qui sont parvenues à le localiser harcèlent l’aérodrome de Bapaume afin, a minima, d’en réduire les installations en cendres et empêcher Boelcke de décoller. Ce 28 octobre donc, vers 16 heures, sept appareils sont dans le ciel de Bapaume et le combat s’engage. Boelcke, déjà auréolé d’une quarantaine de victoires, attaque un appareil ennemi mais commet une erreur qui s’avère fatale. L’avion de son compatriote et ami, Erwin Böhme, est déjà engagé sur la même cible. Les deux avions s’entrechoquent. Seul Böhme en réchappera. Les Anglais rendront les honneurs militaires à Boelcke en larguant du ciel une gerbe de fleurs. Le chasseur allemand était né en Saxe en 1891 et s’était engagé dans l’armée dès la vingtaine. Il est formé à Coblence puis à… Metz, alors terre d’Empire. Deux mois avant que l’Europe ne s’embrase, Oswald Boelcke rejoint l’armée de l’air, arme dans lequel il acquiert bientôt le statut de légende.

Son plus jeune frère est le cofondateur de la prestigieuse marque de constructeur automobile Rolls-Royce. John Rolls naît à Londres en 1870 dans une famille d’ascendance galloise, très impliquée en politique. Comme tout fils de l’aristocratie britannique, le jeune John ne déroge pas à la règle et intègre le collège d’Eton puis l’université d’Oxford. Diplôme d’avocat en poche, Rolls est appelé au barreau et ajoute une corde inattendue à son arc. Passionné par la pratique de l’orgue et les arts, il obtient également un diplôme de maîtrise des Arts. L’avocat-organiste regagne sa terre originelle de Galles et, de la même manière que son père, devient maire de la ville de Monmouth. A la suite de la mort de son père en 1912, John Rolls prend le titre de 2ème baron Llangattock et hérite du siège familial à la Chambre des Lords. Riche de sa carrière professionnelle, le baron n’en oublie pas ses obligations militaires. 1915, John Rolls est incorporé la Royal Field Artillery avec le grade de major. Son unité est déployée d’abord en Flandre puis sur le front de la Somme. Il y effectue une simple mission d’observation lorsqu’il est blessé. Transféré à l’hôpital militaire de Boulogne-sur-Mer, John Rolls y décède de sa blessure le 31 octobre, à l’âge de 46 ans.

Au-dessus du village d’Haplincourt, ce 3 novembre, les rafales d’un avion allemand déchirent le ciel. L’appareil d’Auberon Herbert fracasse le sol et l’aviateur ne survit que quelques heures à l’écrasement de son appareil tandis que son copilote navigateur qui a survécu, est fait prisonnier. Auberon Herbert appartenait au 22ème escadron du Royal Flying Corps, chargé d’opérer des vols de reconnaissance des lignes ennemies et arrivait en provenance d’Egypte où il était posté jusqu’au printemps 1916. Pressenti pour prendre le commandement de l’escadron, il avait refusé ce qu’il considérait être un privilège de rang. Selon lui, le commandement d’hommes l’obligeait à parfaire sa connaissance de la guerre. Né 40 ans plus tôt dans le Hampshire, Auberon Herbert appartient à l’élite du Royaume-Uni. Celui que tout le monde surnomme Bron grandit dans un environnement aisé mais austère et demeure marqué par les morts précoces de ses frère et sœur aînés. Sorti de l’université d’Oxford, Bron est affecté comme correspond de guerre pendant la seconde Guerre des Boers. L’affectation n’est pas sans risques. Blessé, le correspondant est amputé d’une jambe. Amputé mais volontaire, Bron parvient, malgré son handicap, à intégrer le régiment de cavalerie du Hampshire Yeomanry dans lequel il prend le grade de capitaine. Premier héritier en filiation de son oncle décédé, Auberon Herbert hérite des titres de 9ème baron Lucas et 5ème lord Dingwall en même temps qu’il occupe également un siège à la Chambre des Lords. L’aristocrate entame une fulgurante carrière politique. Sous-secrétaire d’Etat à la Guerre en 1908, Auberon Herbert occupe la même fonction aux Colonies trois années plus tard avant de prendre le portefeuille de ministre de l’Agriculture quelques jours après le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Le ministre est bientôt démissionnaire du gouvernement d’union nationale, mené par Herbert Asquith, en mai 1915. Auberon Herbert veut connaître la guerre dont il ne reviendra pas.

Oswald Boecke John Rolls Auberon Herbert

Lanoe Hawker naît aussi dans le Hampshire, lui, en 1890. L’ingénieur militaire, formé à l’Académie royale militaire de Woolwich, est un pionnier de la chasse aérienne. Tandis que l’aviation militaire n’en était qu’à ses balbutiements et seulement en mesure de pratiquer des opérations de surveillance et reconnaissance, Lanoe Hawker a l’idée d’accrocher un simple fusil de chasse au fuselage de son appareil. Le mécanisme est certes rudimentaire mais fait ses preuves puisqu’il permet au britannique d’abattre plusieurs appareils. Le 23 novembre, Hawker et son escadrille décollent de Bapaume. Parvenus au-dessus du village de Ligny-Thilloy, ils engagent le combat avec une escadrille allemande. Deux légendes se font face-à-face. Car ce jour-là, Hawker s’apprête à affronter l’étoile montante de la chasse allemande. Comme son compatriote Tom Rees, deux mois plus tôt, Lanoe Hawker sort perdant de sa confrontation mortelle avec le « Baron rouge » dont il est la onzième victime. Il aurait eu 26 ans un mois plus tard. On dit que le haut commandement allemand aurait lui-même été, certes agréablement, surpris que le « Baron rouge » triomphe du britannique.

La blessure au bras droit semblait pourtant bénigne mais fut bientôt gagnée par la gangrène. Le 3 décembre, il est 3 heures 30 du matin lorsque Geoffrey Bache Smith ferme définitivement les yeux à seulement 22 ans. Quelques jours plus tôt, le 19ème bataillon des fusiliers du Lancashire stationne à Souastre lorsqu’il subit un bombardement. L’adjudant Bache Smith est alors touché au bras par des éclats d’obus. Débarqué en novembre 1915, Bache Smith et son unité avaient affronté le terrible hiver et été déployés sur les théâtres de combat les plus disputés depuis plusieurs mois. Geoffrey Bache Smith naît en Angleterre en 1894 et évolue dans une famille de commerçants. Le jeune homme est un élève brillant qui étudie à Birmingham puis Oxford en 1912 où il fait la connaissance de trois condisciples. La petite bande prend le nom de Tea Club Barrovian Society. Les amis deviennent bientôt inséparables et se donnent pour surnom les « quatre immortels » : Geoffrey Bache Smith donc, Robert Gilson, Christopher Wiseman et un certain J.R.R. Tolkien. Smith a-t-il exercé quelque influence sur le futur auteur du Seigneur des anneaux ? Toujours est-il que le jeune Smith éprouve un très vif intérêt pour les récits celtiques des Quatre branches du Mabinogi et autres textes médiévaux mais encore pour la figure de l’ami d’Ezra Pound et poète nationaliste irlandais, William Butler Yeats. Les quatre membres du T.C.B.S sont encore étudiants lorsque la guerre vient bouleverser leur avenir. Noël 1915, ils formulent le vœu de lutter contre la décadence morale qui afflige l’Angleterre et sublimer la beauté lorsqu’ils seront revenus de la guerre. Les quatre amis se voient en réalité pour la dernière fois. Christopher Wiseman survivra à la guerre. Robert Gilson meurt au combat en juillet 1916. Quelques jours plus tard, Smith et Tolkien se retrouvent en garnison dans le village de Bouzincourt dans la Somme. Le premier avait auparavant entrepris le second sur la nécessité de faire perdurer les vœux littéraires et esthétiques des quatre du T.C.B.S, désormais trois et bientôt deux… Tolkien tiendra parole. Il persuade Madame Smith de publier les poèmes de son défunt fils. Le recueil A spring harvest est publié en 1918 et préfacé par Tolkien qui se lance dans la rédaction de Bilbo le hobbit. Avec la carrière que chacun connaît…

1917. Leur formation militaire désormais terminée, les contingents tant espérés, en provenance de nombreux dominions britanniques, débarquent progressivement sur le Vieux continent. Mais également bientôt d’une nouvelle puissance que redoute l’Allemagne : les Etats-Unis d’Amérique. Décidément incapables, semble-t-il, de s’engager dans un conflit sans avoir recours au subterfuge, le torpillage du paquebot transatlantique britannique Lusitania par un sous-marin allemand est à la Première Guerre mondiale ce que l’attaque aérienne japonaise sur la base navale de Pearl Harbor est à la Seconde. Mai 1915, 1.200 personnes, dont 128 citoyens américains, trouvent la mort dans le naufrage du navire au large des côtes méridionales de l’Irlande, paquebot concernant lequel il est désormais assuré qu’il transportait bien dans ses cales des armes et munitions qui devaient être livrées clandestinement aux troupes britanniques. Le conflit entre dans sa phase finale.

Depuis 9 heures, le matin du 27 mars 1917, les Allemands pilonnent Lagnicourt. Une préparation d’artillerie aussi ambitieuse annonce immanquablement un assaut qui vient bientôt et dure toute la journée. Le village artésien, défendu, par la 7ème brigade australienne ne sera pas repris. Mais au prix de 377 victimes. Le capitaine Percy Cherry, à son habitude, a pris tous les risques ce mardi et s’exposa au feu afin de montrer l’exemple et galvaniser ses hommes. Les Allemands abandonnent finalement leur tentative de reprendre le village conquis la veille par les Australiens. Le choc de la bataille semble s’atténuer lorsque Cherry et plusieurs de ses hommes sont décimés par un obus qui éclate devant eux. Malgré ses 21 ans, Percy Cherry est un héros du contingent australien de la Première Guerre mondiale. Né en Tasmanie en 1895, ce fils de propriétaires terriens seconde son père dans la culture de pommes avant de s’engager dans l’armée en 1913. Deux années plus tard, il est affecté au 26ème bataillon et embarque en juin de Brisbane en direction de l’Egypte où il est soigné après avoir été blessé à la bataille des Dardanelles. Après l’Afrique, Cherry rembarque en direction de l’Europe et plonge dans l’enfer de la Somme. Lorsque le lieutenant australien et un officier allemand sautent tous deux dans le même trou d’obus, comme les cow boys, c’est à celui qui dégainera le premier. L’Allemand, gravement touché, juge l’Australien suffisamment digne de confiance pour lui remettre un paquet de lettres destinées à sa famille, avant de succomber. Lui-même blessé par l’Allemand, Cherry est évacué en Angleterre. De retour au front, il s’illustre lorsqu’il parvient, avec ses hommes, à conquérir une tranchée ennemie et capturer deux mitrailleuses. Le capitaine se voit décerner la Croix militaire. La prochaine décoration, la Victoria Cross, la plus haute distinction pour acte de bravoure, lui sera remise à titre posthume.

Lanoe Hawker Geoffrey Bache Smith Percy Cherry

C’est une page méconnue de l’Histoire de la Première Guerre mondiale. Le royaume du Portugal contribue à l’effort allié à hauteur de l’envoi d’un effectif estimé à plus de 50.000 hommes. Parmi eux, António Gonçalves Curado naît en septembre 1894 dans un village dont le nom est si beau qu’il est interdit de ne pas le préciser. Aussi le fantassin naît-il à Vila Nova da Barquinha. António est incorporé au sein du 28ème régiment d’infanterie. Février 1917, le corps expéditionnaire portugais embarque pour le front, plus précisément le secteur Nord-Ouest du pays des Weppes. António Gonçalves Curado tombe à Laventie le 4 avril. On sait finalement peu de choses de ce simple fantassin si ce n’est qu’il est le premier soldat Portugais à mourir au combat. Un peu plus de 2.000 combattants venus de Lusitanie trouveront la mort au cours de la Première Guerre mondiale. 1.831 d’entre eux demeurent à jamais au cimetière militaire portugais de Richebourg, situé à moins de 7 kilomètres du village dans lequel António trouva la mort. Très certainement ce jeune combattant, mort à 22 ans, reposait-il auprès de ses frères d’armes avant que sa dépouille ne soit transférée dans son pays natal en juillet 1929.

Voilà plus de trois années qu’Arras constitue l’un des épicentres des combats les plus acharnés en Artois. Chaque jour, la cité arrageoise est un peu plus rayée de la carte, également ce 9 avril. Il s’était levé imprudemment pour rallumer sa pipe tandis que tombait un obus. Edward Thomas est tué par le souffle de l’explosion. Il fut dit à sa femme que le corps de son défunt époux de 39 ans ne comportait aucune trace. Certainement pour la rasséréner car la réalité était toute autre… Le poète Edward Thomas était arrivé sur le front quelques jours plus tôt et servait en qualité de sous-lieutenant au sein de la Royal Garrisson Artillery. Britannique d’ascendance galloise, pays avec lequel il conserve de forts liens, Edward naît dans le Surrey en 1878 et étudie à Oxford. Critique littéraire, le bel Edward est un stakhanoviste de la lecture, compulsant jusqu’à 15 ouvrages chaque semaine. Il publie également plusieurs ouvrages et articles littéraires. Edward Thomas avait l’habitude de longues balades avec son ami poète Robert Frost, lui de nationalité américaine. Frost moquait souvent le caractère tempéré et l’indécision de Thomas. Ce dernier crut se reconnaître en filigrane dans le poème que Frost lui fit parvenir. Ce poème, The Road not taken, constitue une raillerie du non-choix. Edward Thomas prit la moquerie très au sérieux et comme une attaque personnelle. Laissant femme et trois enfants, le poète, essayiste et critique, bientôt volontaire, fonce au bureau de recrutement. Quant à Robert Frost, retourné aux Etats-Unis en 1915, il se garda bien de toute décision d’engagement…

On ne sait que peu de choses de la vie de Percy Black. L’homme naît en 1877 en Australie et est le onzième enfant de parents nés dans le comté d’Antrim et qui ont fui leur pauvre Irlande natale pour tenter leur chance dans le Nouveau monde en tant que chercheurs d’or. Percy Black s’engage dans l’Australian Imperial Force en 1914 et occupe un poste de mitrailleur au sein du 16ème bataillon d’infanterie. Percy et ses compagnons combattent tout d’abord contre l’Empire ottoman sur les théâtres d’opération les plus proches, mais à 12.000 kilomètres quand même…, des terres australiennes. Puis c’est la Somme. Black, promu major, s’y distingue. On dit même de lui qu’il est le plus brave des soldats du corps expéditionnaire australien et Percy se voit remettre la Croix de guerre par le président de la République Raymond Poincaré himself. Quand on songe au fait qu’il faillit être exempté à cause de sa mauvaise dentition… Déjà gravement blessé d’une balle dans le cou à Pozières, Percy Black ne survit pas aux terribles combat de la première bataille de Bullecourt. Le 11 avril, le major Black commande le flanc droit de son bataillon et reçoit l’ordre de prendre d’assaut la tranchée adverse. Les chars ne sont pas parvenus à frayer un chemin auparavant et il demeure des lignes de fils barbelés non éventrées qui exposent dangereusement les hommes. « Eh bien au revoir colonel. Je ne reviendrai peut-être pas mais nous prendrons la ligne Hindenburg. », dit-il à son supérieur. Percy Black sait que l’ordre d’assaut une mission de sacrifice. La première tranchée ennemie est prise lorsque Percy Black s’effondre, touché par un projectile à la tête devant Riencourt-lès-Cagnicourt. Son cadavre ne sera jamais retrouvé.

Antonio Goncalves Curado Edward Thomas Percy Black

Si le large de Flandre et Artois n’est le théâtre d’aucune bataille navale d’envergure, pour autant les duels sont-ils fréquents. Pendant la nuit du 25 avril, au large de Dunkerque, le commandant du torpilleur Etendard est aux prises avec plusieurs destroyers allemands qui le torpillent. Pierre-Auguste-Georges Mazaré sombre avec son équipage. Le corps de l’officier de marine ne sera rendu par la mer que deux mois plus tard. Celui qui sera promu capitaine de corvette à titre posthume naît à Nantes 42 années plus tôt. Mazaré intègre l’Ecole navale à 18 ans, dont il sort trois années plus tard, aspirant de 1ère classe. Affecté à l’Ecole supérieure de guerre de la marine, il patrouille ensuite en escadre sur la Méditerranée. Aube, D’Assas, croiseur cuirassé Jeanne d’Arc, torpilleur Harpon, croiseur Chasseloup-Laubat, Catinat, Suffren, Chamois, Aquilon, Branle-Bas, d’un navire l’autre, Pierre-Auguste-Georges parcourt les mers et océans de Tahiti à Terre Neuve, de l’Islande au Pacifique. Lorsque se déclare la guerre, le Breton reçoit le commandement de la compagnie de débarquement de la Gloire à Brest avant d’être affecté sur son dernier bâtiment en 1915. Mazaré repose au cimetière militaire nord de Calais.

Il est une gloire du tennis canadien. Robert Powell naît en 1881 à Victoria, en Colombie-Britannique et se destine à la pratique de la raquette sur court. Le tennisman dispute son premier Tournoi de Wimbledon à 26 ans. Six autres suivront jusqu’en 1913. Quart de finaliste en 1910 et 1912, le gaucher parvient à atteindre le stade des demi-finales en 1908. Wimbledon est décidément sa pelouse de prédilection bien que Powell ne triomphe jamais. Avec son compatriote et homonyme Kenneth Powell, il est le finaliste malheureux du double 1910. C’est toujours en Angleterre, à Londres, que Robert est le capitaine de la délégation canadienne de tennis à l’occasion des Jeux olympiques de 1908. Chef incontesté du tennis canadien, il est le capitaine de la sélection qui dispute sa première Coupe Davis en 1913. Là également, Powell ne parvient pas à monter sur la plus haute marche. Le Canada est battu en finale par les Etats-Unis après qu’il soit parvenu à évincer l’Afrique du Sud et la Belgique. Lieutenant au 50ème Gordon Highlanders, Robert Powell est ensuite affecté au 48ème bataillon d’infanterie royale du Canada. Comme nombre de ses compatriotes, la crête de Vimy est son tombeau. Robert Powell est tué à l’ennemi le 28 avril. La colline de Vimy symbolise le sacrifice des hommes du corps expéditionnaire canadien dont 66.000 trouveront la mort en Europe. Bénéficiant d’un statut d’extra-territorialité, la crête est désormais une enclave canadienne en Artois.

Encore Richthofen, non le craint « Baron rouge » cette fois-ci mais son frère, Lothar von Richthofen. Le 7 mai, la chasse allemande patrouille dans le ciel d’Annœullin lorsqu’elle engage le combat avec des appareils britanniques. Le sort de la lutte aérienne est indécis. Les avions rompent le combat mais, contre toute attente, un biplan anglais s’écrase au sol. Le jeune pilote, Albert Ball, ne parvient à s’extraire de la carcasse que pour succomber quelques instants après dans les bras d’une jeune paysanne du village. Auréolé de 44 victoires et âgé de seulement 20 ans, le capitaine britannique est l’aviateur le plus craint par les Allemands et il n’est devancé que par le « Baron rouge » dans le tableau des victoires aériennes. Ball est craint de ses ennemis mais respecté au point que les Allemands lui rendent les honneurs militaires et inhument le corps du britannique dans le cimetière allemand du même village. Tirs antiaériens allemands, manœuvres aériennes trop brutales que l’appareil n’aurait pas supporté, mauvaise météo, collision avec un autre appareil ou a-t-il été simplement abattu par Lothar comme certains le prétendent ? Les causes de l’écrasement de l’as Albert Ball demeurent mystérieuses. Albert Ball naît à Nottingham en 1896, le jeune anglais rejoint The Nottinghamshire and Derbyshire Regiment au début de la guerre dans l’espoir de combattre. Mais son régiment n’est pas mobilisé sur le continent. Alors Ball intègre la North Midland Divisional Cyclist Company. Peine perdue, il reste encore en Angleterre. Le fougueux et bel Albert a alors l’idée de prendre des leçons privées de vol. Il obtient ensuite son transfert au Royal Flying Corps. Cette fois-ci est la bonne. Albert Ball le héros connaîtra le feu et le prix du sang.

PA Georges Mazaret Robert Powell Albert Ball

Le jour même de l’assassinat à Sarajevo de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie et que l’on considère comme l’acte déclencheur de la Première Guerre mondiale, il est le premier nageur au monde à descendre sous la barre des trois minutes au 200 mètres brasse. Son record établi à Liverpool tiendra jusqu’en 1922. Percy Courtman naît en 1888 dans la banlieue de Manchester. Le jeune Percy découvre la pratique de la natation dans sa cité mancunienne et est compétiteur pour le Old Trafford Swimming Club. 19 ans et il remporte à Birmingham son premier titre national sur le 200 mètres brasse, distance sur laquelle il règne en maître, quasiment sans partage de titres nationaux. Percy Courtman brille également sur les distances des 400 et 500 mètres et représente sa nation britannique aux Jeux olympiques de 1908 et 1912, respectivement à Londres et Stockholm, sans néanmoins remporter de médaille. Lorsqu’il ne nage pas, le champion officie dans l’agence immobilière détenue par son père et bientôt comme soldat. Courtman intègre l’armée en 1914, au sein du 6ème bataillon territorial du Manchester Regiment. L’année suivante, le bataillon part au front en Egypte puis dans le désert du Sinaï avant d’être rapatrié en Europe en mars 1917. A la fin du mois de mai, le bataillon prend ses quartiers dans la forêt d’Havrincourt. Percy Courtman meurt quelques jours plus tard. Il est tôt ce 2 juin lorsqu’un obus déchire le corps du nageur de 29 ans.

Est-il mort côté français ou belge ? Peu importe… Le 21 juin, le général commandant la 57ème division du West Lancashire, Robert George Broadwood, est tué, à l’âge de 55 ans, par l’éclat d’un obus tandis qu’il traversait un pont ferroviaire enjambant la Lys à Houplines. Le général et son unité venaient d’être engagés dans la seconde bataille de Passchendaele. Broadwood voit le jour en 1862 dans le quartier londonien de Chelsea et embrasse une carrière militaire qui l’amène à voyager, et combattre le cas échéant, dans toutes les colonies britanniques et zones alliées de l’Empire de George V. 1881, il est membre du corps expéditionnaire cantonné en Egypte et auparavant au Soudan où Broadwood prend part à la répression de la révolte islamique menée par le chef religieux Muhammad Ahmad ibn Abd Allah Al-Mahdi. Le lieutenant-colonel traverse ensuite tout le continent noir et opère en qualité de commandant de brigade lors de la bataille de Korn Spruit, pendant la seconde Guerre des Boers, à l’occasion de laquelle il déplore 150 tués dans ses rangs, dans l’embuscade tendue par les Afrikaners. Robert George Broadwood prend ensuite des commandements dans la région sud-africaine du Natal puis en Chine. La Première Guerre mondiale le rappelle sur le Vieux continent.

Autre athlète du Canada anglophone, Percival Molson naît à Cacouna, au Québec, en 1880. Et il est un athlète accompli ! Alors étudiant à l’Université McGill de Montréal, Percival est le capitaine de l’équipe de Hockey sur glace, mais aussi un sprinteur redoutable sur la distance du 400 mètres et excelle également dans la discipline du saut en longueur. Et comme si cela ne suffisait, Percival Molson pratique avec dextérité les sports de raquette et fonde l’équipe de football du campus. Son université lui décerne le prix de meilleur athlète trois années consécutives, record qui ne sera jamais plus égalé. Indiquons simplement, pour conclure sur les compétences athlétiques, que le hockeyeur remporte, avec son équipe de Montreal Victorias, le tournoi de 1897 de la Coupe Stanley qui fait s’affronter les meilleures équipes du pays. Octobre 1915, c’est avec le grade de capitaine que Molson est incorporé au sein de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry. Déployé avec son unité en Flandre, le capitaine Molson est grièvement blessé en 1916 à proximité d’Ypres. Rétabli, l’athlète regagne la ligne de front. Le 5 juillet, Percival Molson est tué par l’explosion d’un obus à Villers-au-Bois. La mort du soldat de 37 ans débloque le versement d’un héritage de 75.000 dollars pour la construction du stade universitaire de McGill. Stade qui portera le nom de son ancien étudiant et champion.

Percy Courtman RG Braodwood Percival Molson stade

Déjà détenteur de sept victoires aériennes homologuées dans la Marne, en Lorraine, dans l’Aube et dans l’Aisne, c’est dans le ciel de Flandre maritime qu’Albert Auger est engagé ce 28 juillet. Mais le combat est inégal. L’aviateur fait face à cinq appareils allemands. Albert Auger est blessé au cou. S’il parvient à poser son avion derrière les lignes françaises à Dunkerque, il décède peu après de sa blessure, à l’âge de 28 ans. Ce n’est pas la première fois que le commandant de l’escadrille 3 combattait un ennemi supérieur en nombre. Cinq mois plus tôt, Albert était blessé à l’occasion d’un duel contre quatre appareils. Et ce n’était pas non plus la première fois que le pilote s’écrasait avec son appareil. A la différence de son crash d’avril 1916, à l’occasion duquel il avait été grièvement blessé, celui de Dunkerque lui est fatal. Né en 1889 à Constantine, alors en Algérie française, le futur aviateur entame sa carrière militaire dans d’autres corps. En 1907, Albert Auger intègre le 11ème régiment d’infanterie avant d’être affecté au sein du 8ème bataillon de chasseurs à pied. Passé par l’Ecole militaire d’infanterie, il est ensuite versé au 31ème régiment d’infanterie, avec lequel il débute le conflit avant de prendre les airs.

Fils unique, Okill Massey Learmonth naît à Québec en 1894. Le jeune homme y étudie et débute sa vie professionnelle à la Banque Union du Canada avant de rejoindre le département du Trésor. Cultivé, Learmonth devient membre, en mars 1914, de la Société historique et littéraire de Québec. Dès septembre 1914, il incorpore le corps expéditionnaire canadien et est versé au 12ème bataillon d’infanterie. Son unité embarque pour la Grande-Bretagne. Désormais muté au 2ème bataillon d’infanterie, le caporal pose le pied sur la terre continentale en 1915 et combat à Ypres avant d’être engagé dans le secteur de l’Artois. Blessé, le promu lieutenant passe sa convalescence dans son Québec natal dont il respire l’air pour la dernière fois. Learmonth retrouve ses camarades dans le secteur de Lens et Vimy. Les troupes canadiennes sont déployées sur l’un des théâtres les plus sanglants de la guerre. Le 18 août, la compagnie n°3, commandée par Learmonth, reçoit l’ordre de contre-attaquer à proximité de Lens. Le lieutenant, promu major à titre intérimaire, est sérieusement blessé mais trouve la force de continuer à lancer des grenades et exercer son commandement. Après avoir rendu compte de sa mission devant ses supérieurs, le blessé consent enfin à être évacué à l’hôpital. Okill Massey Learmonth décède le lendemain, 19 août, non à Loos, dans la banlieue de Lille, comme annoncé en maints endroits, mais très certainement davantage à Loos-en-Gohelle. Il est certain, en revanche, qu’il est inhumé à Nœux-les-Mines.

Abolie par le Portugal en 1867, la peine de mort fut rétablie comme condamnation susceptible de frapper les membres du corps expéditionnaire portugais sur le front. João Augusto Ferreira de Almeida est le seul soldat portugais à avoir été condamné à la peine capitale pendant la Première Guerre mondiale et le dernier citoyen du royaume à avoir été exécuté. Le matin du 16 septembre à Laventie, le condamné est passé par les armes par onze de ses compatriotes. Dix d’entre eux tirèrent et il s’en fallut de peu que le onzième soldat du peloton, le sergent Teófilo Antunes Saraiva ne fut jugé pour désobéissance et s’exposa au même funeste sort. Pourtant volontaire pour le corps expéditionnaire, João ne semble guère manifester de prédispositions pour la guerre. Et le jeune homme, débarqué à Brest quelques mois auparavant, multiplie les imprudences et indisciplines. Les 8 et 9 juillet, tandis qu’il est affecté à un poste de ravitaillement des troupes en eau, le chauffeur disparaît, sans explication ni autorisation, avec le camion deux jours durant. Privant d’eau ses compatriotes combattants, il est condamné à 60 jours de prison et démis de sa fonction, enviée et confortable, de chauffeur. L’ex-ravitailleur est versé dans une compagnie combattante du 23ème régiment d’infanterie. Guère plus que quelques jours plus tard, Ferreira de Almeida désobéit de nouveau et fait preuve d’insubordination face à ses supérieurs. L’homme se serait confié à un camarade sur ses vœux de fuir et de gagner les lignes ennemies pour être fait prisonnier. On le suspecte de vouloir trahir et renseigner les Allemands. Mis aux arrêts et jugé, il est condamné à la sentence capitale le jour de l’Assomption. Si le jugement initial est cassé, il est de nouveau confirmé le mois suivant. Le jeune homme de 23 ans repose parmi ses compatriotes au cimetière militaire portugais de Richebourg. Il sera réhabilité par sa patrie à l’occasion du centenaire de son exécution. João Augusto Ferreira de Almeida était né en 1894 sur la façade littorale de Porto et exerçait la profession de chauffeur dans une famille aisée du quartier qu’il n’aurait jamais dû quitter.

On ne compte plus le nombre de joueurs du club de rugby de Newport R.F.C à être tombés au champ d’honneur pendant la Première Guerre mondiale. Phil Waller est l’un d’eux. Un de plus… Un de trop certainement… Il naît en 1889 dans la charmante ville de Bath et tâte le ballon ovale du mythique club gallois en 1907. Il portera le maillot du club de Newport à 79 reprises. Dès l’année suivante, alors qu’il n’est âgé que de 19 ans, Phil est sélectionné pour son premier match international. Décembre 1908, le deuxième ligne affronte le XV australien avec sa sélection galloise. 1910, Waller fait partie des noms sélectionnés pour faire partie de la sélection des Lions britanniques qui part en tournée en Afrique du Sud. L’équipe rassemble les meilleurs joueurs d’Angleterre, Galles, Ecosse et Irlande. Waller semble céder aux charmes du continent africain. Le gallois n’est pas décidé à regagner le fog britannique auquel il semble préférer le soleil sud-africain. Alors Waller s’engage-t-il avec les Golden Lions de Johannesbourg. Mais la guerre le ramène en Europe. Touché par un obus, Phil Waller décède le 14 décembre à Arras. Il avait 28 ans.

Rescapé de plusieurs combats aériens, Mathieu Tenant de la Tour se tue, on ne peut plus bêtement à l’occasion d’une démonstration d’acrobatie dans le ciel surplombant le terrain d’aviation britannique d’Auchel. Le capitaine jouissait de 9 victoires officielles et 11 probables et comptait parmi la mythique escadrille du Groupe de combat des Cigognes, auquel appartenait l’héroïque Georges Guynemer qui décollait pour la dernière fois, deux mois plus tôt, de l’aérodrome de Saint-Pol-sur-Mer avant de disparaître dans le ciel du village flamand de Poelkapelle, celui-là même qui faillit priver la littérature de Louis-Ferdinand Céline, alors simple cuirassier gravement blessé en octobre 1914. Né à Paris 34 ans plus tôt, le limousin d’ascendance intègre l’armée dès son jeune âge adulte et est déjà attiré par les sommets, bien qu’il garde alors les pieds sur terre. Aussi Mathieu Tenant de la Tour est-il incorporé au 11ème bataillon de chasseurs alpins. Le sergent montagnard est ensuite versé au 5ème régiment de hussards, corps d’armée au sein duquel il commence la guerre. Mais l’aventure aérienne séduit le désormais sous-lieutenant bientôt breveté en 1915. Il deviendra un as de l’aviation française de la Première Guerre mondiale.

Mathieu Tenant de la Tour est le dernier soldat célèbre à trouver la mort dans les Pays-Bas français au cours de l’année 1917. 1918 ouvre une nouvelle ère et le conflit entre dans sa phase définitive. Le camp allié craint pourtant le pire après que le Traité de Brest-Litovsk mette un terme à l’état de belligérance entre les Empires centraux et l’ancienne Russie tsariste jetée aux oubliettes par la révolution bolchévique. L’étau se desserre autour d’une Allemagne qui se voit délester du front Est. L’ensemble des forces germaniques disponibles sont remisées sur le front occidental. Ce seront les derniers combats mais ils seront terribles…

Okill Massey Learmonth Joao Augusto Ferreira de Almeida M Tenant de la Tour

Ne manquez pas le cinquième et dernier épisode de la série sur les personnages célèbres morts dans les Pays-Bas français pendant la Première Guerre mondiale à paraître le 11 novembre. 

Crédits photo : nestahora.blogspot.com (António Gonçalves Curado), Jiaqian AirplaneFan (Percival Molson), lusojornal.com (António Gonçalves Curado)

Le miroir du Nord, 2022. Dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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