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Entretien avec Alexandra Sobczak-Romanski, présidente de Urgences Patrimoine sur la destruction prévue du Sacré Coeur à Denain

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Cette semaine , nous vous informions de la décision du conseil municipal de détruire le Sacré Coeur de Denain. Immédiatement, des associations ont pris le taureau par les cornes notamment Urgences Patrimoine. Nous nous sommes entretenus avec sa présidente qui émet une alerte générale sur ce genre de décision

Pouvez vous vous présenter ainsi que Urgences Patrimoine

Alexandra Sobczak-Romanski, présidente fondatrice de l’association Urgences Patrimoine. Urgences Patrimoine est une association nationale dont la principale mission est de lutter contre l’abandon et la destruction du patrimoine des territoires.

Comment avez vous eu écho de la décision de détruire le Sacré Coeur de Denain?

Un des membres du collectif « Sacré-Cœur » m’a contactée afin que je partage leur pétition. J’ai bien évidemment immédiatement accepté, bien décidée à ce que l’aide d’Urgences Patrimoine ne se limite pas à un simple partage de pétition.

Avec quelles autres organisations, associations ou politiques oeuvrez vous pour éviter la destruction? Des actions sont elles envisagées ?

Pour le cas de l’église du Sacré-Cœur, nous travaillons en étroite collaboration avec plusieurs membres du collectif local. Il est peu probable que se joignent à nous d’autres associations, surtout pendant cette période estivale. D’autant qu’il est clair qu’un combat ne rapporte rien et coûte de l’argent, donc, les grandes associations nationales, comme lors de notre combat contre la démolition de la chapelle Saint-Joseph à Lille, risquent d’être totalement absentes. Heureusement, le collectif local est très investi, ce qui est un atout majeur.

« Le collectif local est très investi, ce qui est un atout majeur »

Quant aux organisations politiques, nous espérons entendre la voix de certains parlementaires courageux, mais nous émettons des doutes. De toute façon, la cause du patrimoine ne doit pas être politisée, car le patrimoine est un bien commun qui concerne l’ensemble de la population. 

Enfin, en ce qui concerne les actions, outre celles de médiatisation, la principale sera de déposer un recours gracieux, puisque bien heureusement, nous sommes dans les délais, ce qui n’était absolument pas le cas pour Saint-Joseph. 

Le permis de démolir a été signé le 29 juin, nous avons donc jusqu’au 29 août pour déposer ce recours. 

La décision prise concernant le Sacré Coeur de Denain semble être un exemple parmi tant d’autres. Sait on à ce jour, combien d’édifices religieux ou monuments classés sont voués à connaître une issue fatale?

Nous n’en savons rien. D’ailleurs, comme le fait de détruire un patrimoine, et encore plus quand il s’agit d’un patrimoine religieux, est un acte parfaitement impopulaire, les élus se gardent bien de communiquer sur leur volonté destructrice. Généralement, les permis de démolir se signent « sans tambour, ni trompette » et nous ne devons compter que sur la veille de quelques habitants courageux pour donner l’alerte. Oui, je dis bien courageux, car il en faut du courage dans certaines communes, pour s’opposer à une décision municipale.

« Il en faut du courage dans certaines communes, pour s’opposer à une décision municipale »

Souvent, par peur des conséquences, les habitants n’osent pas se mobiliser. C’est une des raisons pour lesquelles nous intervenons souvent. Étant totalement neutres politiquement, nous pouvons intenter des actions sans avoir peur des conséquences. Il faut d’ailleurs toujours veiller à cette neutralité politique afin de ne pas brouiller les actions. Nous luttons contre un élu démolisseur, nous ne luttons pas contre son parti politique.

Un dernier mot pour nos lecteurs, pourquoi faut il éviter d’en arriver à cette situation ?

Comme je l’ai dit précédemment, le patrimoine est un bien commun et même si nous n’en sommes pas propriétaires, il fait parti de notre quotidien et c’est sans doute pour cette raison que nous sommes nombreux à y être très attachés.

« Nous pensons sincèrement qu’avec un budget de 2,3 millions d’euros, la réhabilitation de l’édifice était possible »

Certes l’église du Sacré-Cœur, ce n’est pas Notre-Dame de Paris. Elle n’en reste pas moins importante pour de nombreux habitants de Denain. Beaucoup ont des souvenirs dans cette église. Des souvenirs heureux ou malheureux, mais elle fait partie intégrante de leur histoire personnelle. Détruire cette église, revient à détruire une partie de la mémoire collective et dans la société actuelle, c’est à mon sens une très mauvaise idée de détruire un édifice religieux. Nous pensons sincèrement qu’avec un budget de 2,3 millions d’euros, la réhabilitation de l’édifice était possible.

Alors que cet important budget va être utilisé pour le démolir. Garder le clocher et les deux petites parties de façade nous semble être totalement anecdotique. Le genre de projet que l’on met en place pour se donner bonne conscience, mais qui in fine, est totalement inopportun. D’autant que le clocher a été construit avec des briques de récupération et qu’il n’est pas certain qu’il tiendra encore debout une fois amputé du reste de l’édifice. D’ailleurs, lorsque la mairie a racheté, il n’a jamais été question de démolition, mais bien de réhabilitation. La réhabilitation, c’est donner un autre usage à un édifice. Ce n’est en aucun cas en garder un simple « vestige », un peu comme un trophée. Il y avait tellement de projets de réhabilitation possibles que nous trouvons consternant de condamner cette église.

La commune n’avait pas les moyens, ou n’avait pas d’idée ? Elle n’avait qu’à lancer un appel à projets ou la vendre à quelqu’un qui avait les moyens de lui offrir un avenir. « La où il existe une volonté, il existe un chemin », hélas Madame le Maire de Denain, n’a pas eu la volonté d’emprunter le chemin du bon sens. Cependant, il n’est jamais trop tard pour bien faire, et nous gardons l’espoir de trouver une solution satisfaisante aussi bien pour la commune que pour ses habitants.

Crédit photo: DR

Le miroir du Nord, 2022. Dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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