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Flandre: lettre ouverte de Wido Bourel au président démissionnaire de l’ANVT, Jean Paul Couché

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Jeudi, nous vous présentions le dernier ouvrage de Wido Bourel « Flandre, des questions qui dérangent ».

C’est dans un autre contexte que nous évoquons ce jour l’écrivain qui s’est exprimé sur les réseaux sociaux à destination de Jean Paul Couché, président démissionnaire de l’ANVT. L’ANVT signifie Akademie voor Nuuze Vlamsche Taele; comprenez, l’Institut de la Langue Régionale Flamande. Cette association défend la promotion et l’apprentissage du flamand occidental. Jean Paul Couché a annoncé début mai sa démission de la présidence après avoir tenu le poste pendant 18 ans. Son remplaçant est à jour inconnu. Il y a quelques jours, il s’exprimait via l’indicateur des Flandres.

Nous vous reproduisons la lettre ouverte de Wido Bourel.

Jean-Paul,

Dans l’Indicateur du 8 juin dernier, en guise d’adieu, tu fustiges une fois de plus contre celles et ceux qui souhaitent promouvoir la langue néerlandaise, non pas comme une langue étrangère, mais comme une langue indispensable à notre région, ayant sa place parmi les langues régionales aux côtés du West-Vlaams et du Picard, de même qu’un intérêt régional évident dans le cadre de nos contacts avec nos voisins et amis du Benelux.

Pour la galerie tu t’en prends aux autorités de Flandre belge qui selon toi «veulent imposer une langue étrangère à la place de notre langue». Depuis quand est-il interdit à des pays européens de promouvoir et de faciliter l’enseignement de leur langue dans le cadre d’une euro région ?

«Nous ne sommes pas un protectorat Belge » dis-tu. Certes, mais nos racines et notre vocation transfrontalière ne font pas plus de nous le protectorat hexagonal de tes rêves. Je note au passage ton argument, aussi méchant qu’outrancier, suggérant l’action d’une cinquième colonne à chaque fois que tu entends parler de l’enseignement de la langue de nos voisins, sabrée par toi parce que «étrangère ». Comme si ces étrangers n’étaient pas tout simplement des Flamands comme nous, nos amis et nos frères.

Je laisse aux autorités de Flandre belge le soin de répondre à tels propos aussi diffamants que mensongers, et qui, s’ils sont relayés politiquement, pourraient être la cause d’incidents diplomatiques graves.

Je donne à terme peu de chances au maintien du caractère obligatoire de l’enseignement du français dans les écoles secondaires de Flandre belge si des gens, comme toi, estiment que la réciproque avec le néerlandais ne doit pas être favorisée dans le Nord de la France. Après, mes compatriotes verseront des larmes de crocodile sur l’autel du français en recul dans le monde, ne voyant toujours pas la poutre qu’ils ont dans l’œil en la matière.

A l’heure où les collectivités locales de Flandre française souhaitent renforcer la collaboration transfrontalière il est également permis de poser la question qui dérange : comment toi qui sollicite l’argent public peux-tu être aussi agressif et destructeur envers ceux qui peuvent faciliter cette collaboration?

Une considération personnelle en tant que Flamand de France à cheval sur la Flandre française et la Flandre belge. J’ai, en lisant tes propos, une pensée particulière pour tous nos amis de Flandre belge qui depuis des décennies ont tant fait pour notre Flandre, en nous aidant, tant bien que mal, presque toujours avec des moyens propres, à restaurer et sauvegarder notre patrimoine, qu’il soit immatériel ou matériel, avec une attention particulière pour notre langue en voie de disparition avancée. Ils ont bien du mérite à lire toutes les méchancetés que tu débites à longueur de journées à leur encontre.

L’intérêt d’ apprendre la langue néerlandaise, langue de nos voisins mais aussi de nos ancêtres, n’est pas véhiculé par une ‘imposition quelconque de l’étranger’ comme tu le suggères, mais tout simplement par le bon sens croissant de nos compatriotes. Les Flamands de France ne sont pas dupes: ils se rendent de plus en plus compte des avantages qu’ils peuvent tirer de l’apprentissage de la langue de leurs voisins pour leurs enfants.

Cette langue néerlandaise est aussi la langue officielle de la Flandre belge et de près de 25 millions d’européens. C’est encore la langue de plus d’un million de visiteurs et de touristes qui fréquentent notre région chaque année et font vivre nos auberges, nos magasins, nos musées. C’est enfin la langue qui, en Flandre belge, ouvre aux écoles et aux universités, aux entreprises, et donc à l’emploi qui ne limite pas aux seules chaines de fabrication comme tu le dis si mal.

L’apprentissage du néerlandais, qui devrait être également obligatoire en Flandre française, permettrait justement à chacun de comprendre que tes propos ne correspondent en rien à la réalité d’aujourd’hui. Il existe linguistiquement une filiation et une parenté évidentes entre les dialectes flamands et la langue standard qui, ensemble, constituent les maillons historiques d’un même groupe linguistique.

L’apprentissage du néerlandais ne s’oppose en rien à l’apprentissage du West-Vlaams de nos parents. Il en est la continuité logique pour tous les élèves qui souhaitent approfondir leurs études et leur donner des débouchés que le West-Vlaams seul ne peut assurer comme tu le sais très bien d’ailleurs. Les succès de l’enseignement immersif dans les écoles frontalières de Flandre belge le montrent: l’apprentissage du néerlandais va, dans nos régions, tout naturellement de pair avec l’initiation au West-Vlaams.

Tous les élèves des cours de néerlandais dans notre région devraient pouvoir s’initier au West flamand s’ils le souhaitent tout comme les initiations au West flamand devraient déboucher sur des cours de néerlandais pour les intéressés.

Nous souhaitons, comme en Alsace, une reconnaissance régionale pour le néerlandais et le West-flamand sur le modèle de l’Allemand et de l’alsacien. Tu as durant tes années de présidence, refusé le dialogue sur ces sujets, tout en accusant les autres de la rage et en éliminant systématiquement les personnes qui, dans, ta zone influence, souhaitaient fumer le calumet de la paix et la réconciliation des tenants du West-Vlaams et du néerlandais.

A l’heure de ton départ, Monsieur le président, les masques tombent. Tu sèmes une fois de plus la zizanie dans la presse avec l’espoir de voir tes successeurs poursuivre sur ton chemin envahi par les mauvaises herbes. Mais je tends la main au futur président de l’ANVT, geste à ne pas confondre avec tendre la joue, dans l’espoir d’une réconciliation dans la diversité de la cause commune.

Quant à nous, Jean-Paul, tu noteras que je ne pardonne jamais mais que j’oublie souvent.

Salut flamand à la Bretagne de ta retraite. Adieu Monsieur le président.

Wido Bourel

Crédit photo : DR

Le miroir du Nord, 2022, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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