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Nous avons testé pour vous: les vacances en voiture électrique 

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Ah bientôt l’été !… Les apéros au camping, la piscine, la plage, les musées, les balades, la sieste, bref, l’insouciance des vacances… 

Composée de bénévoles, la rédaction du Miroir du Nord a goûté à quelque repos mais n’en oublie pas moins ses sympathiques lecteurs. Alors nous avons testé pour vous les vacances en voiture électrique en Corse. 

L’insouciance des vacances donc ?… Ecrivons-le d’emblée, nous avons testé pour vous les vacances en voiture électrique en Corse malgré nous. Car si c’est bien un véhicule à essence que nous avions loué, nous avons, semble-t-il, manqué de vigilance en omettant de lire les conditions générales de vente qui enseignent (oui, les toutes petites lignes ici tout en bas…) que le loueur a légalement la possibilité de vous remettre l’automobile que bon lui semble pour les véhicules de catégorie A (exemple : Peugeot 107 ou Renault Twingo) ou B (Renault Clio ou Peugeot 208). Nous ne citerons pas le loueur en question puisque, après enquête qui s’est avérée rapide, la pratique est désormais généralisée chez l’ensemble des entreprises de location automobile et que l’ensemble des témoignages concordent : l’enseigne nationale a exigé de son prestataire corse l’emploi de véhicules électriques.

Mettons également fin au suspense immédiatement : le véhicule électrique et à boite automatique en question, une Renault Zoé, est globalement séduisant. L’habitacle est confortable, la conduite reposante et la reprise de vitesse satisfaisante. Non pas que nous soyons fanatiques de vitesse, bien au contraire, mais la reprise peut d’avérer sécurisante en montagne. Et par-dessus tout évidemment, le véhicule électrique fait réaliser de substantielles économies. Avec une autonomie, relative sur routes sinueuses et montagneuses de 400 km, nous n’aurons pas même dépensé 20 euros en rechargement pour un trajet total d’un peu plus de la capacité d’autonomie. Enfin, là n’est pas l’objet de l’article : nous n’évoquerons pas la question de l’impact écologique minoré du véhicule, contesté par les détracteurs des batteries électriques qui alertent sur le métal très polluant contenu : le lithium.

L’expérience du véhicule électrique en Corse est donc globalement bénéfique. Pour autant, il y a de gros « mais ». Mais nous le verrons plus tard…

A la suite de l’odieuse et incompréhensible agression sur le détenu indépendantiste corse Yvan Colonna et sa mort qui s’en est suivie le 21 mars 2022, provoquant plusieurs jours d’émeutes contre les forces de l’ordre françaises, au cri de Statu francese assassinu, la rédaction du Miroir du Nord est donc allée prendre le pouls sur l’île de Pasquale Paoli. Nous l’avons lu, ça-et-là, certains craignent de passer de prochaines vacances sur l’île de beauté au regard du récent contexte extrêmement tendu. Affirmons-le clairement : le voyageur craint moins en Corse que dans n’importe quelle ville de l’hexagone. Si les nationalistes corses redoublent de vigilance concernant les acquisitions foncières en bord de mer, de nature à défigurer le littoral et l’enlaidir à la mode d’Ibiza, le vacancier est toujours reçu comme il se doit. Et ce, à plus forte raison que les flamands, artésiens et hennuyers jouissent d’un fort capital sympathie auprès de la population insulaire. 

Bien informés que certains Français rechignent à aller en Corse à cause des velléités autonomistes de la majorité des corses, ces derniers l’affirment on ne peut plus péremptoirement : que ceux-là demeurent sur le continent en effet. Oui la Corse possède des plages et des paysages magnifiques mais pas que… La Corse détient une histoire particulière et une langue auxquelles il convient de s’intéresser. Car la population est moins taiseuse qu’on voudrait le croire et ils sont, bien au contraire, heureux de présenter les richesses de leur patrimoine à l’étranger. Il est néanmoins des questions qui fâchent et gardez-vous naturellement de tout jugement jacobin hâtif sur la question du nationalisme et de l’autonomie tant il convient de comprendre avant de juger.

Mais revenons à nos affaires électriques en Zoé. La première épreuve vous attend sur le parking du loueur lorsque vous tentez de démarrer votre véhicule de circonstance. Vous n’avez jamais conduit de véhicule électrique et automatique ? N’attendez rien des enseignes de location pour vous aider et renseignez-vous sur les véhicules électriques avant votre départ ! Puisque personne n’a envie de se farcir sous un soleil brûlant le livret de fonctionnement du véhicule, chacun y va un peu au hasard. Concentrez-vous, en réalité, sur le tableau de bord digital qui vous guide afin que votre démarche de démarrage soit couronnée de succès. Le véhicule est désormais en marche et très certainement chacun est-il aussitôt étreint de la même frayeur : le véhicule semble autonome et avancer sans votre intervention. Car le véhicule gagne rapidement en vitesse, aussi bien en marche avant qu’en marche arrière. Sans possibilité de jouer des pédales comme sur un véhicule manuel, le créneau avec un véhicule électrique, à titre d’exemple, semble assez peu aisé lorsque le conducteur est un novice. Au Miroir, nous n’aurons en tout cas pas risqué la caution laissée au loueur et avons privilégié les stationnements en épi ou en bataille. Serez-vous plus téméraire que nous ?

Partis d’Ajaccio, et quelques kilomètres plus tard, nous commençons à nous familiariser avec la citadine que nous emmenons justement, et non sans crainte, se dégourdir les roues en montagne. Direction Vivario dans le centre de la Corse. Vivario que nous gagnons après avoir franchi le col de Vizzavona sous un déluge de pluie. L’occasion d’indiquer que la tenue de route du véhicule est parfaite. Zoé garée et le stress de l’initiation au véhicule électrique désormais passé, nous nous apprêtons à prendre quelque repos à l’hôtel U Campanile de Vivario. On leur fait un peu de pub parce que l’accueil de l’établissement est charmant, qu’on y mange de surcroît très bien mais surtout que le personnel de la pension nous tira d’un bien curieux ennui… Impossible d’activer la fermeture centralisée du véhicule ! Non la pile carte n’est pas défectueuse car neuve, le fusible non plus pour la même raison et rien n’obstrue la bonne fermeture des deux portières et du coffre. Nous essayons, réessayons, nous arrachons les cheveux, nous calmons et réitérons, rien n’y fait. Intriguée par notre curieux manège, une employée de l’hôtel nous rejoint. Par bonheur, elle fut jadis confrontée au même problème qui, s’il n’est pas général, semble se produire de temps à autre sur certains véhicules du même modèle. Afin de pouvoir verrouiller le véhicule, il importe de vérifier que les ceintures-arrières sont bien encastrées dans leurs emplacements respectifs et que rien dans votre coffre ne soit trop près du bord de carrosserie. Vous ne voyez pas le rapport ? Nous non plus et pourtant, c’est bien ce qui a permis de, enfin, enfin, enfin…, verrouiller le véhicule sous-compact…

Après Vivario, direction la ville de Corte depuis laquelle nous entendons rayonner sur les alentours pendant plusieurs jours, à la découverte de la montagne corse et notamment prendre l’air au refuge d’Asco-Stagnu, station de ski aux pieds du point culminant de l’île, le Monte Cintu.

Corté

De retour à Corte, il est prévu que nous prenions ensuite la route en direction de Cargèse, en parcourant, non pas le trajet le plus rapide, mais la D84 depuis Casirla jusque Evisa. Cette départementale, Ô combien magnifique, compte parmi les routes les plus sinueuses de Corse. A ce stade du trajet, la batterie nous assure encore de 67% d’autonomie, soit une distance de 280 km environs. Si seule une centaine de kilomètres nous séparent de notre prochaine destination, nous ne souhaitons prendre aucun risque et procédons au rechargement de Zoé.

Voilà le gros point noir de vacances en Corse avec un véhicule électrique ! Passons le fait qu’une fois encore, aucune information ne vous est fournie sur l’ouverture de la trappe de recharge du véhicule. Plus embêtant, vous ne disposez non plus d’aucune indication sur le modèle précis de votre Zoé, ce qui peut avoir quelque conséquence sur le temps de rechargement de votre locomotion. Puisque vous ne prévoyez évidemment pas d’étudier spécifiquement la question et devenir un spécialiste du modèle, vous vous résignez à vous débrouiller devant la borne. Six bornes de recharge sont disponibles à Corte selon le site chargemap, sous-préfecture de 7.500 habitants qui accueille près de 4.000 habitants. A l’occasion de notre séjour aux pieds de la citadelle, nous n’avons eu aucun problème pour recharger notre véhicule. La population locale semble continuer de préférer les véhicules alimentés par carburant plutôt qu’électriques. Ces derniers sont donc réservés aux touristes ou pinzutti si vous n’êtes pas sage et qu’on veut vous le faire savoir.

Que donneront les milliers de véhicules électriques de location circuleront sur l’île lors des mois de juillet et août ?

Si recharger son véhicule en période touristique creuse et hors vacances scolaires ne semble poser aucun problème, qu’en sera-t-il lorsque des milliers de véhicules électriques de location circuleront sur l’île lors des mois de juillet et août ? Les Corses que nous avons interrogés sont unanimes : le parc de bornes de recharge est sévèrement insuffisant. Or, patienter jusque la libération d’une borne de recharge est Ô combien plus long que faire la queue dans une station-service. Surtout lorsque des petits malins, ainsi notre « voisin de recharge », continue de maintenir son véhicule en charge, alors que la borne confirme que la batterie est entièrement disponible, pour ne pas payer le stationnement ! De surcroît, si l’île compte 108 bornes, selon le site cerize.fr, la densité diffère selon que vous êtes à proximité des principales villes d’Ajaccio et Bastia ou des agglomérations moins importantes comme Ghisonaccia ou Porto-Vecchio, jusqu’à devenir nulle dans les territoires les plus centraux, montagneux et enclavés. Également, si 108 bornes sont mentionnées, signalons qu’il se peut que toutes ne soient pas en service. Ainsi, avons-nous constaté à Ajaccio, à quelques foulées pédestres du monument à Napoléon 1er, l’un des plus visités de la ville, la présence d’une borne dont les emplacements au sol ne sont pas délimités,, et donc squattés par des véhicules normaux, et dont les câbles de recharge n’ont pas été déballés et mis en service. L’état physique la borne tend pourtant à prouver qu’elle n’a pas été installée ces derniers jours…

Et voilà ! Autant que faire se peut, nous avons tenté de peser le pour et le contre de vacances électriques afin qu’elles ne se transforment pas en calvaire. Si la destination de la Corse présente un évident caractère spécifique, nous ne doutons aucunement que les inconvénients demeureront les mêmes sur l’ensemble des territoires les plus confrontés au tourisme estival.

Quelques précautions

Résumons, deux choses sont à faire impérativement :

  • Avant de prendre possession du véhicule électrique que vous aurez volontairement loué ou qui vous sera remis contre votre gré, renseignez-vous sur la conduite de véhicules électriques.
  • Etudiez au mieux le parcours que vous ferez en vacances et localisez les bornes à proximité de vos lieux de passage (surtout avant de vous rendre dans les zones les plus rurales et désertes) afin que vous demeuriez libre de vos mouvements davantage que contraints de calquer votre parcours sur la présence de bornes. Un mauvais repérage pourrait contrarier votre itinéraire initial de vacances et avoir des conséquences sur vos locations saisonnières de courte durée.

Pour localiser la carte des bornes de recharge, en Corse ou en tout lieu, rendez-vous sur Chargemap – bornes de recharge pour voitures électriques ou www.cerize.fr

Bonnes prochaines vacances et à prestu !

Crédit photo : Vauxford pour Wikimedia (Renault Zoé), Esus BZH pour Wikimedia (borne de recharge)
et Michal Osmenda pour Wikimedia (Corte)

Le miroir du Nord, 2022, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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