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Lycée musulman de Lille Averroès: répondre à un besoin

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Nous continuons notre série d’articles consacrés au mode d’enseignement alternatif. Cette semaine rendez- vous au lycée Averroès, lycée musulman situé à Lille. Son directeur Hassan Oufker a répondu à nos questions quant à l’école, les élèves et les polémiques nées ces dernières années.

Le Miroir du Nord (MDN): comment a débuté l’aventure de l’établissement? Quelle a été son évolution? 

Hassan Oufker: le déclic est venu suite à la circulaire Bayrou de 1994. Des jeunes filles se sont alors retrouvées exclues de leur école. (NDLR: François Bayrou, ministre de l’éducation national lance alors une circulaire qui proscrit le port de signes ostentatoires dans les établissements scolaires. Le texte confère aux proviseurs le soin de régler les conflits au coup par coup. A la suite de cette circulaire, plus d’une centaine d’exclusions sont prononcées par les conseils de discipline dont certaines à Lille). Les responsables de la grande mosquée de Lille Sud se sentaient responsables de cette situation et ont tenu à accompagner ces jeunes filles. 

Pour répondre à ce problème, l’idée a germé d’ouvrir un lycée musulman. Après une première tentative en 2001 qui fut avortée, l’autorisation est donnée en 2003 par le Haut Conseil de l’Education Nationale. 

L’établissement a ouvert ses portes avec un effectif de 15 élèves en seconde. Deux années plus tard, ce sont 45 élèves qui venaient occuper les bancs de l’établissement. Il y eut des inscriptions progressives jusqu’en 2008. Les parents étaient rassurés du fait que l’école était sous contrat avec l’Etat. Aujourd’hui, nous ne parvenons pas à obtenir ce statut pour le collège qui reste hors contrat. 

Nous comptons désormais 450 élèves pour des effectifs entre 22 et 42 élèves par classe au lycée. Le lycée à la carte ( tel que la réforme le prévoit) est un problème car certaines spécialités sont très prisées. Au collège, cela pose moins de problème, nous sommes en moyenne à 28/30 élèves par classe pour un effectif total de 350 élèves. Notre établissement compte environ 60% sont de boursiers.

MDN: y a t’il des méthodes d’enseignement particulières? 

Hassan Oufker: aucune, exceptée un cours d’une heure et demie par semaine d’éthique musulmane facultative, proposée à tous les élèves volontaires. L’enseignant qui dispense ce cours doctorant en philosophie.

Cela doit jouer sur l’attrait que le lycée a vis à vis d’une certaine population mais la ville de Lille compte beaucoup d’autres établissements privés sous contrat. Beaucoup de parents musulmans n’hésitent plus depuis quelques années, à mettre leurs enfants dans une structure catholique. La concurrence est rude. 

Le Miroir du Nord (MDN): que recherchent les parents lors de l’inscription de leurs enfants au lycée Averroès?

Hassan Oufker: les choses ont évolué positivement. Au démarrage de l’école, les parents étaient comme des militants. Ils s’immisçaient dans la vie de l’école notamment en cherchant à orienter la vision de l’islam dans l’établissement. Il a fallu plusieurs bras de fer entre ces parents et l’association du lycée Averroès pour que la situation s’apaise. Les parents ont fini par comprendre que le but premier d’une école était la formation scolaire des enfants. L’essentiel est le respect du projet éducatif qui comporte notamment l’obligation de la mixité dans les classes. Les enfants doivent vivre comme cela se passe à l’extérieur. 

Ce sont surtout les jeunes filles qui cherchent à vivre leur religion tranquillement. 60% d’entre elles sont voilées. 

L’école ne doit pas être un étendard pour une cause quelle qu’elle soit. 

MDN: quelles sont les valeurs prodiguées par l’équipe pédagogique ?

Hassan Oufker: 2 valeurs principales sont inculquées:

∙         la discipline: un règlement intérieur strict et connu de tous, élèves comme enseignants. Dès qu’une règle n’est pas respectée, nous convoquons l’élève concerné. Si la situation perdure, le conseil de discipline intervient. Cela peut aboutir à une exclusion. Il y en a tous les ans pour divers motifs notamment des élèves radicaux, lorsque ces derniers ont un comportement contraire aux valeurs de l’Ecole .

∙         le respect réciproque. Le professeur représente l’autorité, cependant ce dernier doit avoir le même comportement vis à vis des élèves. On ne s’acharne pas sur un élève en difficulté. On essaie toujours de dédramatiser des résultats scolaires moyens ou un manque de maîtrise d’une matière en particulier.

MDN: comment expliquez vous les excellents résultats de l’établissement au bac et son classement comme un des meilleurs lycées de la région?

Hassan Oufker: Le système éducatif français offre à tous ces élèves la possibilité de réussir et ceci quel que soit le niveau scolaire de chacun. Comme dit précédemment, la discipline instaurée et le respect entre élèves et professeurs permettent de travailler intelligemment. Les résultats ne peuvent que suivre. On ne peut parler d’une pédagogie particulière chez nous pour la simple raison c’est que nous ne disposons pas d’organismes de formation des enseignants. Nos résultats peuvent également s’expliquer par une prise globale des difficultés de l’élève grace à des professeurs qui sont également formés au coaching.

Diverses solutions sont proposées pour faire progresser et accompagner les enfants:

∙         on intervient de suite quand des difficultés se font ressentir. On ne laisse pas la situation perdurer.

∙         des stages intensifs pendant les vacances scolaires avec une participation modeste des familles de 10 euros par semaine pour environ une 15 heures de soutien.

MDN: la région a suspendu les subventions, comment parvenez vous à faire vivre votre établissement?

Hassan Oufker: nous avons attaqué en justice la suspension des subventions par le Conseil régional. Comme cela était prévisible, la justice nous a donné raison. Un premier versement a été effectué. Deux autres versements (2020 et 2021) sont en attente. Nous avons fait avec les moyens du bord, c’est l’association Averroès qui compense.

La position de Xavier Bertrand est politique, il a marché sur ses principes. Il communiquait sur un don provenant du Quatar d’un montant de 3 millions, il était en vérité de 800.000 euros. Ce que savait très bien Nicolas Lebas, le représentant de la région au conseil d’administration. Les relations avec « monsieur Xavier » étaient pourtant très courtoises. Ses ambitions politiques ont pris le dessus. Il a instrumentalisé la situation. 


MDN: que répondez- vous à vos détracteurs qui pointent régulièrement du doigt votre établissement et ses dirigeants comme étant un relai de l’islam radical?

Hassan Oufker: 2015 a été une année particulière. L’attitude de notre professeur de philosophie à l’époque a fait mal. (NDLR, Soufiane Zitouni avait publié le 6 février une tribune dans Libération intitulée « Pourquoi j’ai démissionné du lycée Averroès« , dans laquelle il accusait les responsables du premier établissement privé musulman sous contrat avec l’Etat de diffuser « de manière sournoise et pernicieuse une conception de l’islam qui n’est autre que l’islamisme »)

Par la suite, nous avons subi de nombreux contrôles : du rectorat, par la direction finances de la région ou encore le ministère de l’éducation nationale. Rien ne nous a été reproché. Cela est désagréable à vivre pour les professeurs qui en ont marre de la suspicion constante à leur égard. Par exemple, nous n’avons aucun souci lors des hommages rendus pour Samuel Paty. Nos élèves se voient proposées des activités classiques d’une école : sorties pédagogiques, conférences. Il n’y a pas de raison que le statut de notre établissement soit utilisé pour attiser les peurs.

Crédit photo: lycée Averroès

Le miroir du Nord, 2022. Dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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