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Ecole du Blanc Mesnil à Croix : sa directrice se livre sur sa vision de l’école d’aujourd’hui.

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La semaine dernière, nous vous présentions l’école du Blanc Mesnil, école hors contrat atypique par ses méthodes d’instruction et les valeurs transmises.

Sa dynamique directrice, Françoise Candelier, nous explique pourquoi il y a urgence de réagir vis à vis de l’instruction diffusée aux enfants à l’école.

Miroir du Nord : comment avez-vous constaté la baisse du niveau général à l’école ?

Françoise Candelier : J’ai été institutrice pendant plus de 30 ans dans l’éducation nationale. Je me suis rapidement aperçu que le marasme débutait avec les méthodes d’enseignement. Dès 1978, l’enseignement classique et l’objectif de l’éducation nationale qui est d’enseigner, commençaient à être menacés. Cela paraissait insignifiant pour beaucoup enseignants mais certains autres, dès cette époque, ont préféré ne pas voir ce qui était en train de se passer.

Je crois que l’étape la plus désastreuse est la loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989. Le ministre de l’éducation nationale, Lionel Jospin, avait justifié cette réforme conséquente du fonctionnement du système éducatif français en disant en 1990 : « pour changer les enseignants , changez les évaluations ». Cela voulait dire que si les enseignants ne s’ouvraient pas à ces méthodes, les élèves auraient forcément de mauvais résultats aux évaluations conçues pour une pédagogie constructiviste. Les enfants devenaient des sujets d’expérimentations.

Mes congés parentaux m’ont laissé du temps surtout après mon 4eme enfant en 1996. J’ai davantage pris conscience de la baisse du niveau de l’orthographe et de la lecture. Illustration de ce phénomène : de plus en plus d’enfants avaient besoin de séances d’orthophonie. Quand je suis revenue au travail, j’en ai directement parlé à mes collègues qui partageaient ce constat.

Le miroir du Nord : qu’avez-vous entrepris pour participer à améliorer le système scolaire ?

FC : A partir de ce moment, mon investissement a été total pour une démarche positive d’améliorer l’école. En 2000, j’ai pris rendez-vous avec l’inspectrice de l’éducation nationale. Je lui ai indiqué les torts d’avoir supprimé l’exercice de la dictée, la méthode d’apprentissage de la lecture traditionnelle, de la lecture des grands classiques de la littérature française. Je n’ai reçu qu’une réponse laconique. «Vous voyez le verre à moitié vide, il faut voir le verre à moitié plein ».

J’ai donc décidé d’aller plus loin et ai participé aux actions de l’association « sauvez les lettres » qui promeut une priorité sur le contenu des cours par rapport à la seule pédagogie. Je me sentais moins seule. Je suis entrée par la suite au sein du GRIP, le Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes. J’y  rencontrais plusieurs fois par an des enseignants de haut niveau et des chercheurs. On discutait des méthodes d’instruction d’antan (lecture/ calcul). Mon souhait était de concrétiser tout cela au sein de l’école de Roncq en testant le projet  SLECC (savoir lire, écrire, compter et calculer). Le directeur de l’école m’a suivie ainsi que l’inspectrice et le conseil municipal pour une expérimentation sur 5 ans.

Malgré une application disparate par les enseignants, tout le monde s’accordait à estimer que c’était un succès. L’ambiance était bonne au sein de l’école. Mais un an avant la fin de l’expérimentation, malgré le soutien des parents, de l’inspection, un relai presse allant jusqu’au national, je pris conscience  que le rayonnement du projet ne s’étendait pas suffisamment. Quinze jours avant la fin de l’année scolaire, en juin 2009, je pris la décision de quitter l’école et de créer mon propre établissement.

Depuis, je travaille toujours à partir de manuels scolaires anciens.

Le miroir du Nord : comment se passent les débuts de l’école du Blanc Mesnil en septembre 2009 ?

Il a fallu trouver un local. Nous nous sommes posés à Wasquehal. Le nombre d’élèves a rapidement crû : de 25 élèves à 45 en fin d’année puis 80 puis 100 et 130. L’année suivante un parent d’élève a proposé un autre local. Par la suite, le maire de Croix a accepté notre installation ce qui permis d’agrandir l’école. Les parents ont tout de suite été demandeurs de l’ouverture d’un collège.

L’école de la transmission des valeurs

Le miroir du Nord : quelles sont les valeurs et principes transmis aux élèves ?

FC : l’essentiel est la valeur travail. Il ne faut pas seulement une tête bien faite mais aussi une tête bien pleine. Plusieurs messages sont passés : c’est l’école de la transmission et de l’apprentissage de la culture européenne notamment par les cours de langues anciennes( latin et grec). Il y a une véritable demande de la part des parents.

L’instruction inclut de se tourner vers les principes chrétiens, la vie des saints. Cela me semble être une nécessité culturelle indispensable, les enfants doivent connaître leurs racines.

Un soutien de l’école, Laurent Laforgue, professeur de mathématiques à l’institut des hautes études mathématiques est un représentant exemplaire de ces valeurs. Il a écrit des textes passionnants sur le thème de l’éducation qui nous inspirent énormément. Le plus important étant L’école victime de la confusion des ordres »

Le miroir du Nord : le fait de ne bénéficier d’aucune aide publique est il gérable à long terme ?

C’est un stress de tous les instants. Il y a urgence à agrandir l’extérieur pour permettre aux élèves d’être couverts en cas de pluie mais aussi payer le récurrent : les charges, les salaires des professeurs. Les frais d’inscription ne sont pas suffisants pour couvrir le budget nécessaire annuellement.

Le miroir du Nord : parvenez-vous tout de même à mener une vie extrascolaire au Blanc Mesnil ?

FC : nous proposons des ateliers de chant, théâtre, dessin grâce notamment à la participation de parents. Nous organisons des tournois de football, de golf.

Des initiatives sont menées pour permettre de générer des fonds pour l’école notamment notre marché de Noel lequel se déroule comme chaque année fin novembre.

Le miroir du Nord : quels conseils donneriez-vous aux enseignants qui exercent leurs fonctions dans une école classique ?

Ne jetez pas vos vieux livres, ils constituent des supports formidables pour permettre de travailler avec les enfants.

Ayez en tête que l’école n’est pas une entreprise, c’est un conservatoire, elle doit préserver ce qui est le plus précieux ; la transmission de notre patrimoine culturel .

Crédit photo: l’école du Blanc Mesnil

Le miroir du Nord, 2022. Dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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