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« Nous » et « les autres » : la question de l’identité

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L’identité est une question complexe. Le philosophe Alain de Benoist en retrace la généalogie en un petit livre dense et fondamental que devront étudier -en particulier- les défenseurs et promoteurs du régionalisme ou des particularismes culturels divers, qui se veulent avant tout les défenseurs et promoteurs d’une identité.
Pour Alain de Benoist, la question de l’identité est typiquement moderne, absente des sociétés traditionnelles. C’est l’idéologie libérale et individualiste triomphante qui, en arrachant l’homme à ses liens communautaires, à ses modes de vie différenciés, a mis en œuvre un processus d’indistinction qui, par contrecoup, explique la montée des identités politiques, idéologiques ou de classe.
Les démocraties libérales, qui croyaient avoir affranchi l’homme de ses liens organiques pour lui offrir la liberté, sont confrontées aux groupes identitaires qui leur posent un problème (souvent insurmontable) : l’adhésion spontanée à des formes communautaires sans pour autant vouloir renoncer à leur liberté…
Les demandes identitaires sont fréquemment traitées par la tradition républicaine du jacobinisme français comme un phénomène réactionnaire, une aspiration irrationnelle à revenir au passé, à retourner à un stade qu’on croyait définitivement dépassé, ou comme une tentative de s’exonérer de toute loi commune.
C’est une menace pour l’unité de la société politique car la République ne peut se bâtir que sur l’oubli ou la négation des communautés… (on connaît la chanson !).

Le risque de l’exclusivisme

Quand la « demande identitaire » se heurte à une fin de non-recevoir, c’est-à-dire à un déni de reconnaissance, le risque est grand de transformer la préférence identitaire en exclusivisme.
Le distinction entre « nous » et « les autres », qui est à la base de toute identité collective, est alors posée en terme d’inégalité ou d’hostilité de principe. La différence est absolutisée et tout dialogue est présumé impossible.
Le paradoxe exclusiviste est manifeste : notre identité serait menacée par celle des autres. Elle ne pourrait s’affirmer qu’en éradiquant celle des autres. Le goût de la différence se transformerait alors en culte de l’identique (de la « Mêmeté »), qui exclurait toutes les autres appartenances héritées ou choisies (politique, sociale, culturelle…) pour échapper au déclin ou à la catastrophe. C’est une attitude (le « repli identitaire » obsession des Jacobins) qu’Alain de Benoist intègre opportunément à la même idéologie du progrès des mondialistes libéraux : l’inévitable change seulement de sens (la catastrophe annoncée plutôt que le progrès annoncé).
Les conclusions sont lucides :
« Contrairement à ce que prétendent les tenants du formalisme ’républicain’, ce ne sont pas les communautés qui menacent la République, mais la fragmentation individualiste ajoutée au jacobinisme ambiant qui suscitent les affirmations communautaires pathologiques. Le ‘communautarisme’ est la conséquence logique d’une société qui se refuse à faire droit aux revendications identitaires […] Seule peut faire face à ce danger la mise en œuvre d’une politique de reconnaissance des différences associée à une extension de la participation démocratique et à un renouveau de la notion de citoyenneté fondé sur le principe de subsidiarité. Loin que l’existence de groupes identitaires soit incompatible avec la démocratie, la reconnaissance des communautés peut au contraire créer les conditions d’une meilleure participation à la vie publique […] Il s’agit de faire en sorte que la diversité cesse d’être extérieure à la citoyenneté, que la citoyenneté cesse d’être synonyme d’uniformité ».

AW


Nous et les autres, problématique de l’identité. Alain de Benoist, 143 p. 17 €.
Edition Krisis, 5 rue Carrière Mainguet, 75011 Paris.

Crédit photo: DR

Le miroir du Nord, 2022. Dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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